Schéhérazade de la Nouvelle-France

C’est à la fois un roman d’Histoire et un livre d’histoires que Les aventures étranges et surprenantes d’Esther Brandeau, moussaillon, de la Torontoise Susan Glickman, aussi essayiste et poète.

 

Débarque ainsi en Nouvelle-France en 1738 la jeune Esther, ivre d’aventures et de liberté malgré son très jeune âge, qui, pour faire le voyage sans affres, s’est travestie à la façon de James Miranda Barry ou des héroïnes de Shakespeare et de Molière. Démasquée, la voilà assignée à demeure chez monsieur Hocquart, attendant tout l’hiver que l’enquête outre-Atlantique qui déterminera son sort s’effectue. Afin de passer ce long temps et de charmer subtilement les hommes responsables de son destin, Esther conte ce qu’elle prétend être ses aventures. Les péripéties qui obsédaient les littéraires à l’époque y passent : l’enfant sauvage, élevée ici par des singes, l’enlèvement au sérail, la vie sur une île déserte, etc. Le tout entrecoupé de la description de la vie en Nouvelle-France à l’époque.

 

La narration de Glickman est poreuse, bien portée par sa traduction, les pages s’avalent en douceur. La romancière a voulu tout se permettre : une Esther si féministe et égalitaire avant l’heure qu’elle en est, pour l’époque, sinon anachronique, alors incohérente, certainement improbable à force de jeune sagesse et d’éducation, et ce, accolé à une rigueur dans les descriptions historiques. Nul jeu dans le passage à l’oralité lors des contes, mais surtout, plus gênant, une impression de déjà-lu, qui donne envie au lecteur de s’exclamer, comme un des personnages: « Nous l’avons entendue cent fois, cette histoire, ou d’autres du même genre. »

 

Un beau divertissement, sans plus, sauf pour le petit punch final (ne lisez pas l’article ci-dessous, il y a dévoilement…), intéressant historiquement.

Les aventures étranges et surprenantes d’Esther Brandeau, moussaillon

Susan Glickman