Les astuces épistolaires de Céline

Céline, qui s’est plus que compromis pendant la Deuxième Guerre mondiale, est en fort mauvaise position lorsque s’ouvre son procès. Il sollicite l’appui d’un chirurgien de renom, spécialiste de Mallarmé, membre de l’Académie française. Et l’obtient.

 

Rentré de son séjour forcé au Danemark, il n’aura de cesse qu’il n’ait obtenu d’Henri Mondor qu’il rédige la préface de ses romans à paraître dans la Bibliothèque de la Pléiade. Pour y arriver, il a recours à toutes les astuces, n’hésitant pas à l’occasion à rappeler à Mondor qu’ils sont tous les deux médecins. Quand Roger Nimier, romancier et membre du comité de lecture chez Gallimard, ne peut à la suite d’une indisposition intercéder auprès de l’homme de lettres, il lui écrit en se permettant d’insister. S’il vitupère l’humanité avec une belle constance, faisant flèche de tout bois, dénonçant ses contemporains avec une belle véhémence, il est tout miel pour le destinataire de ses lettres. Ce dernier est un « cher Maître », un « cher Maître et ami ». Il promet même de faire encadrer les dessins de Mondor qu’il possède et assure « que ses oeuvres seront exposées en très bonne place ».

 

Les lettres de Céline n’occupent que 70 pages de ce livre qui en compte 100 de plus. On les lit sans ennui. C’est d’histoire littéraire qu’il s’agit. Ce qui ne nuit en rien, Cécile Leblanc nous en donne une édition soignée, présentée, annotée, suivie d’un index. Rien d’essentiel, certes, mais une sorte de rappel de ce que la nature humaine a toujours fait bon usage de l’intérêt. Et c’est ainsi que les lions ne rugissent qu’à bon escient.

 

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