Charlie Chaplin: écrivain

Un roman de Charlie Chaplin, le seul qu’il ait écrit dans toute sa carrière, a été édité par la Cinémathèque de Bologne à l’occasion des 100 ans de la naissance du personnage de Charlot. Footlights a été écrit par le réalisateur et acteur britannique en 1948, quatre ans avant le grand succès des Feux de la rampe, avec le légendaire Buster Keaton et Chaplin lui-même (notre photo), dont le scénario s’inspire du livre.
Photo: 1952 ; United Artists/Image Entertainment/Warner Bros Un roman de Charlie Chaplin, le seul qu’il ait écrit dans toute sa carrière, a été édité par la Cinémathèque de Bologne à l’occasion des 100 ans de la naissance du personnage de Charlot. Footlights a été écrit par le réalisateur et acteur britannique en 1948, quatre ans avant le grand succès des Feux de la rampe, avec le légendaire Buster Keaton et Chaplin lui-même (notre photo), dont le scénario s’inspire du livre.

Outre la dramaturgie et la scénarisation, Charlie Chaplin s’est adonné à l’écriture romanesque, il appert. En effet, en plein processus de restauration des oeuvres du célèbre acteur et cinéaste, la Cinémathèque de Bologne a fait une étonnante découverte : un court roman intitulé Footlights, écrit en 1948. Il s’agit de l’inspiration du film Les feux de la rampe (Limelight), sorti quatre ans plus tard. La nouvelle survient à la veille des célébrations du centenaire de la première apparition de « Charlot » au grand écran dans le court métrage muet Pour gagner sa vie.

 

L’aventure débute en 1998, année où la Cinémathèque de Bologne et sa branche L’Immagine Ritrovata se voient confier par les héritiers la délicate tâche de restaurer et de numériser l’ensemble de l’oeuvre de Charlie Chaplin, soit plus de 70 métrages, courts et longs. C’est en écumant les archives de ce dernier, en Suisse, que les restaurateurs tombent sur le manuscrit.

 

À l’instar des Feux de la rampe, Footlights relate le désarroi professionnel et existentiel d’un clown sur le retour, Calvero (Chaplin), qui sauve du suicide une jeune danseuse qu’il incite ensuite à remonter sur scène. Film et roman revêtent un caractère autobiographique.

 

Il y eut d’abord, en 1945, un jugement de la Cour américaine déterminant que Charlie Chaplin était le père de l’enfant d’une jeune actrice avec qui il avait entretenu une liaison, et ce, en dépit d’analyses sanguines prouvant le contraire. Débutée dès 1942, la controverse avait déjà enflé en 1943 à l’annonce du mariage de Chaplin, 54 ans, avec Oona O’Neill, la fille de 18 ans du dramaturge Eugene O’Neill, qui partagea sa vie jusqu’à sa mort en 1977.

 

De frénésie médiatique en dépression, le passage à vide se poursuivit en 1947 dans la foulée d’une assignation à comparaître devant la Commission des activités antiaméricaines, organe politique grâce auquel le sénateur Joseph McCarthy espérait purger Hollywood de ses éléments subversifs en général, et communistes en particulier.

 

Oeuvres bilans

 

Déprimé et désormais peu sûr de lui, Charlie Chaplin fut en proie à des élans de mélancolie. Ceux-ci, au bout du compte, eurent le mérite de le pousser à un travail d’introspection. Ainsi se replongea-t-il dans son enfance pauvre passée dans les rues de Londres à la fin du XIXe siècle, entre un père alcoolique et une mère souffrant de troubles mentaux causés par la syphilis. Les premières incursions sur les planches en compagnie de son frère aîné Sydney… Le départ pour les États-Unis… La gloire…

 

Du coup, Footlights exhale un fort parfum de nostalgie. « Il s’agit d’un regard très émotionnel sur cette époque, et en même temps, c’est une réflexion profonde sur la performance, l’art et le public, a indiqué Cecilia Cenciarelli, codirectrice du Projet Chaplin mené par la Cinémathèque de Bologne. Le roman exprime avec encore plus d’acuité la peur du public qui tenaillait Chaplin, la peur d’un vieux clown qui craignait de ne plus arriver à faire rire la foule. »

 

Footlights est disponible à la vente, en anglais, depuis mardi. C’est la première fois que la famille Chaplin consent que soit publié du matériel inédit de Charlie Chaplin.

2 commentaires
  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 6 février 2014 12 h 42

    Un créateur fascinant

    Plusieurs accusations ont parsemé la vie du grand Chaplin.

    Mais l'oeuvre, en général, est de qualité majeure, voire géniale, ce qui fait oublier certaines peccadilles (ou plus gros «péchés»???).

    J'ai été intéressé par le fait que le roman dont on dit qu'il est nostalgique a été écrit en 1948, l'année au cours de laquelle George Orwell a écrit "1984". Je pense que la plupart des intéressés savent que le titre 1984 a été choisi en inversant le 48 de 1984.

    Je lirai probablement le roman du Grand Chaplin. Cet homme et son oeuvre me fascinent. Je n'y peux rien.

    JSB

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 7 février 2014 16 h 50

      Pourquoi se priver d'un tel plaisir ?

      Pour vous faire patienter, vous pouvez toujours vous procurer :

      Histoire de ma vie / Charles Chaplin ; traduit de l'anglais par Jean Rosenthal. Eéditions Laffont 2002. Disponible à la BANQ sous la cote :
      927.9143 C464 2002

      Ou encore : Charlie Chaplin : biographie intime / Pierre Pernez ; préface de Kiera Chaplin. Cote BANQ : 927.9143 C464p 2012

      Et le très spécial volume de S Eseinstein, cinéaste qui écrit sur un autre cinéaste : Charlie Chaplin / Sergueï Eisenstein ; traduit du russe par André Cabaret. Cote BANQ : 791.43092 C464e 2013

      Et il y a ses musiques, toujours belles comme 'Limelight".

      Bonne lecture.