Philo pour temps froids

De Jacques Derrida, on pourra lire un cours sur Heidegger et ses écrits sur l’art.
Photo: Agence France-Presse (photo) De Jacques Derrida, on pourra lire un cours sur Heidegger et ses écrits sur l’art.

Le débat en cours sur la laïcité invite à choisir, parmi les publications à paraître, les travaux de philosophie politique relatifs aux enjeux actuels. Parmi ceux-ci, on notera d’abord le dernier livre du philosophe Yves Charles Zarka (Refonder le cosmopolitisme, PUF). Directeur de la revue Cités, ce penseur n’a de cesse d’examiner les fondements de l’identité dans un monde en pleine mutation. Selon lui, le cosmopolitisme pourrait bien être l’opposé radical de la mondialisation et contribuer à sa critique. Dans le même registre, on peut attendre beaucoup de Paul Audi (Le démon de l’appartenance, Encre marine), qui examine les dérives contemporaines des concepts de valeurs, d’identité et d’appartenance, notamment face aux impasses actuelles de l’universalisme. Qu’est-ce que le peuple en démocratie ? C’est la question examinée par Catherine Colliot-Thélène et Florent Guénard (Figures du peuple, PUF). Croisant les approches politique, philosophique et historique, ce livre s’interroge sur la réalité de ce que, dans l’histoire de la pensée, on a invoqué sous le nom de peuple et sur les relations complexes que le populisme entretient avec la démocratie.

 

L’apport de la pensée de Charles Taylor à ce débat trouvera un nouvel éclairage dans un collectif dirigé par Sylvie Taussig (Charles Taylor. Religion et sécularisation, éditions du CNRS). Gravitant autour de son grand livre, L’âge séculier, publié en français en 2011, les études réunies ici (Marcel Gauchet, Olivier Roy, Émile Poulat et al.) sont complétées par une réponse inédite du philosophe. À ces études, on pourra joindre le dernier tome des Écrits et conférences de Paul Ricoeur (Anthropologie philosophique, Seuil). Cette importante publication rend à nouveau accessibles un ensemble de textes, publiés entre 1939 et 2004, sur la volonté, la liberté, l’identité et l’altérité. L’islam est-il par essence hostile à la raison ? Souleymane B. Diagne (Comment philosopher en Islam, Philippe Rey) reprend la question dans l’histoire, à travers des penseurs essentiels comme Averroès, mais aussi dans la réflexion contemporaine sur le mouvement d’ouverture de l’Islam, en particulier dans ses aspects politiques futurs.

 

Heidegger, Derrida, etc.

 

La pensée de Martin Heidegger demeure très vivante. Elle est l’objet d’une riche étude de Sophie-Jan Arrien, professeure à l’Université Laval (L’inquiétude de la pensée. Herméneutique de la vie du jeune Heidegger, 1919-1923, PUF). Avant Être et temps (1927), le jeune philosophe demande que les questions philosophiques fondamentales soient désormais interprétées à partir de la concrétude propre de la vie. En écho, on lira un des premiers cours de Jacques Derrida (Heidegger : la question de l’Être et l’Histoire. Cours de l’ENS-Ulm, 1964-1965, Galilée). Critique de l’ontologie, Derrida se révèle déjà ici un lecteur passionnant de Heidegger. De Jacques Derrida, on pourra lire les écrits sur l’art, édités par Ginette Michaud, Joana Masô et Javier Bassas (Penser à ne pas voir. Écrits sur les arts du visible, 1979-2004, La Différence). Jalonnant plus de vingt ans de réflexion sur l’art, ce recueil propose une plongée vertigineuse dans le monde du philosophe hanté par la compréhension du visible. La publication des oeuvres d’Emmanuel Lévinas se poursuit (Éros, littérature et philosophie. Essais romanesques et poétiques, notes philosophiques sur le thème d’éros, sous la direction de Jean-Luc Nancy et Danielle Cohen-Levinas, Grasset/IMEC). Sur la réflexion esthétique de Jean-Luc Nancy, on lira enfin un recueil de textes de Ginette Michaud (Cosa volante. Le désir des arts dans la pensée de Jean-Luc Nancy, Hermann), qui analyse comment les arts donnent forme au monde.


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