Flores tous terrains

Pas question, à moins d’avoir des paravertébraux blindés, de traîner sa Flore nordique (PUL) ou la dernière mouture du grand oeuvre de Marie-Victorin (Gaëtan Morin) — des briques de 500 et 1000 pages — dans son sac à dos. Ces bibles restent à la maison lors des excursions floristiques, pour assurer, au retour, l’identification des espèces croisées en chemin. Un bon guide d’identification, succinct, qui se tient en main et où le lecteur se retrouve aisément, fera mieux le boulot sur le terrain. Tout en s’épargnant les hernies. Comment choisir, entre des titres qui peuvent sembler si semblables ? La botaniste et bibliothécaire du Jardin botanique, Céline Arseneault, a partagé ses critères avec Le Devoir.

 

Si La flore laurentienne de Marie-Victorin est encore aujourd’hui lue, achetée et consultée par les étudiants et les férus de flore du Québec, la nomenclature, depuis la première parution en 2002, a évolué. « En floristique, les noms des plantes changent beaucoup, explique Mme Arseneault en entrevue téléphonique. Il y a quelques années, les noms d’oiseaux ont changé », maintenant ce sont ceux des plantes et des fleurs. Tant dans la classification, car les découvertes sur les codes génétiques permettent de réinventer les liens de parenté entre les plantes, que les noms eux-mêmes, génériques ou scientifiques. Ce qui explique qu’on refasse et réédite des flores après quelques années, 10 ou 25, selon les éditeurs.


Nommer d’abord

 

« L’important, précise Céline Arseneault, c’est d’être capable de mettre une étiquette sur la plante qu’on voit. Sur le terrain, l’image vaut mille mots. Il est bien aussi d’avoir un peu plus d’information — du matériel anecdotique, comme de savoir si la plante est comestible ou toxique, par exemple. Ce que ne nous donnera pas un guide qui couvre un territoire plus large, comme toute l’Amérique du Nord, où l’information est alors très condensée, souvent en abréviations et en pictogrammes. »

 

Il faut aussi se retrouver dans le classement proposé. Les flores utilisent comme clés des caractères sélectifs qui permettent logiquement d’identifier la plante. Le lecteur peut se retrouver plus facilement dans un type d’organisation que dans un autre. « Je conseille souvent aux gens d’aller d’abord en bibliothèque, afin qu’ils puissent tester les guides, voir ceux qui répondent à leurs besoins. »

 

La bibliothécaire n’hésite pas à conseiller les guides des éditions Fleurbec. Ils sont écrits par « des botanistes, de bons vulgarisateurs, qui ont une recette éprouvée. Les guides sont bien illustrés, faciles d’utilisation, le contenu scientifique est rigoureux, et les livres s’apportent bien sur le terrain avec leurs titres thématiques ». On y trouve Plantes sauvages des villes et des champs, Flore printanière, Plantes sauvages comestibles, qui connaît depuis quelques années un regain de popularité, et Fougères, prêles et lycopodes, entre autres.

 

Pourtant, à part Fleurbec, Céline Arseneault, comme les autres botanistes consultés, hésite à recommander un éditeur spécifique. Car dans une même maison, d’excellents titres peuvent en côtoyer d’autres dont la rigueur scientifique laisse à désirer. Noms de plantes erronés, descriptions ou représentations mal faites, manque de détails d’identification peuvent venir miner un ouvrage, tout comme des confusions entre les noms scientifiques et vernaculaires, dans certains cas. Ainsi, les ouvrages de Lise et Pierre Daigle (Broquet) ou de Sylvain Parent (Michel Quintin) ne sont pas recommandés par les spécialistes, alors que Céline Arseneault n’hésite pas à suggérer Arbres et plantes forestières du Québec et des Maritimes de Michel Leboeuf (Michel Quintin) ou Le guide des fleurs sauvages du Québec et de l’est de l’Amérique du Nord (Broquet), un ouvrage américain de Lawrence Newcombe, même si ce dernier, paru en 1996, « commence à dater ». La botaniste bibliothécaire propose aussi Le guide de la flore urbaine, de Roger Latour (Fides), « intéressant, mais qui n’a pas la même rigueur que les livres de Fleurbec » et Les arbres du Canada, de John Laird Farrar, chez le même éditeur.