Le bédéiste et sa voleuse

La collectionneuse est une brillante incursion dans le quotidien d’un trentenaire perdu dans sa propre condition et qu’une cleptomane va, malgré elle, aider à sortir la tête de l’eau.
Photo: La Pastèque La collectionneuse est une brillante incursion dans le quotidien d’un trentenaire perdu dans sa propre condition et qu’une cleptomane va, malgré elle, aider à sortir la tête de l’eau.

Le dessinateur Pascal Girard n’a pas vraiment de talent pour faire des enquêtes. Du coup, quand il décide de se transformer en limier, dans les rues du Mile End à Montréal qui plus est, sa démarche ne peut au final que se transformer en une bonne bande dessinée.

 

La collectionneuse (La Pastèque), dernière création qui marque un retour attendu de ce jeune auteur, silencieux depuis trois ans et depuis son lointain Conventum (Delcourt, 2011), en témoigne avec, sous la couverture, une brillante incursion dans le quotidien d’un trentenaire perdu dans sa propre condition et qu’une cleptomane va, malgré elle, aider à sortir la tête de l’eau.

 

Les malaises et les cocasseries sont forcément au coeur de ce récit, version romancée de l’existence d’un Pascal de Québec installé chez un couple d’amis de Montréal après une séparation. Après neuf ans de vie commune, il combat la dépression par la course à pied et la quête obsessive de sérotonine — cette hormone qui agirait sur l’humeur. Il n’a pas vraiment le goût de dessiner, est toujours aussi timide et maladroit. Un jour, dans une librairie de Montréal, il va démasquer une voleuse de livres — elle dit plutôt qu’elle est une « collectionneuse ».

 

La jeune femme va entre autres dérober sous ses yeux un de ses bouquins, Jimmy et le Bigfoot (La Pastèque, 2010). Il va la suivre, l’approcher, la confronter, plaçant par le fait même sa vie de mâle sans repère sur une autre trajectoire. Forcément.

 

Avec la même finesse dans un trait concis, la même poésie dans une trame narrative pleine de rythme et de précision, Pascal Girard met ici en case un sympathique fragment de son existence, en exagérant bien sûr les situations cocasses de son quotidien, les petites gênes qui accompagnent parfois les interactions sociales, mais aussi en soulignant subtilement ses doutes, ses angoisses et ses soumissions, comme pour mieux donner de l’âme et de l’esprit à cette enquête improbable menée par un inspecteur « avec pas de vie », comme dirait l’autre. Le tout pour un album plein de délicatesse qui met son intelligence au service d’une nouvelle exploration de la complexité de la condition humaine, sans que cela paraisse trop.

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