La décroissance: gagner moins au nom de tous

Une « dotation inconditionnelle d’autonomie », c’est-à-dire, selon le voeu du regretté Michel Chartrand, un revenu égal de citoyenneté versé à tous par l’État, est-ce une chimère ? Le manifeste français Un projet de décroissance, dont on vient de publier l’édition québécoise, assure que non. Il rappelle que l’idéal d’un partage des richesses aux États-Unis a été jadis envisagé par nul autre que le président Franklin D. Roosevelt.

 

« Aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25 000 $ par an », a déclaré Roosevelt, le 27 avril 1942, dans un message au Congrès. Ce principe étonnant, resté un souhait, correspondait à l’esprit réformiste du New Deal. L’économiste français Vincent Liegey et ses collaborateurs, Stéphane Madelaine, Christophe Ondet et Anne-Isabelle Veillot, préconisent maintenant, eux aussi, l’établissement, dans un « nouveau pacte social », d’un « revenu maximum acceptable ».

 

Ils relient cette idée à celle du revenu universel de citoyenneté pour enrayer l’inégalité sociale que notre monde productiviste ne cesse d’aggraver au fil des crises. Préfacé par le politologue français Paul Ariès, rédacteur en chef du mensuel Les Z’indigné(e)s, leur manifeste, comme le note le responsable de l’édition québécoise, David Murray, substitue au concept trop optimiste de développement durable la solution provocatrice de la décroissance économique.

 

Biologie de l’économie

 

Liegey et ses collaborateurs précisent que leur projet n’implique pas « la décroissance de tout pour tous, ni un retour en arrière vers un pseudo-bonheur perdu ». Il s’agit, pensent-ils, de modérer la production et la consommation des biens de manière rationnelle, concertée, soucieuse d’améliorer la condition des plus pauvres. Le caractère scientifique de leur démarche ne peut que dissiper nombre de nos appréhensions.

 

Leur manifeste s’appuie sur « l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde fini », à la lumière des travaux de l’économiste dissident Nicholas Georgescu–Roegen (1906-1994). Cet Américain d’origine roumaine insista en 1971 sur l’éclairage apporté à sa discipline par la thermodynamique et la biologie : « La thermodynamique parce qu’elle nous démontre que les ressources naturelles s’épuisent irrévocablement, la biologie parce qu’elle nous révèle la vraie nature du processus économique. »

 

Pour réorienter le progrès de l’humanité selon les exigences physiques de la planète, les auteurs ne visent pas la conquête du pouvoir : « Au contraire, nous pensons qu’il faut lutter contre les pouvoirs, commencer ici et maintenant, sans attendre. » Leurs armes, participation « non électoraliste » aux élections, jardins communautaires, usage du vélo, simplicité volontaire, « décolonisation de l’imaginaire », peuvent faire sourire.

 

Mais combattre ainsi ne vaut-il pas mieux qu’attendre sans agir l’éclatement d’un monde inconscient de ses limites ?


Collaborateur

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 19 janvier 2014 10 h 01

    Va falloir y arriver

    Les gens à l'esprit scientifique savent qu'il y a des limites à la croissance, qu'il est impossible que la Chine, l'Inde et l'Afrique, et en plus les pauvres des pays riches, puissent un jour consommer et gaspiller comme la classe moyenne des pays riches le fait actuellement. (Étonnant que l'article ne cite pas le travail remarquablement prescient et authentiquement scientifique du Club de Rome et du couple Dana et Dennis Meadows depuis les années '70). Le problème est que les autres, comme les gens de la jeune génération que je connais, tout en étant peu au fait de la science, sont convaincus que cette science et la technologie vont arranger tout cela miraculeusement. Et les économistes, qui devraient mieux savoir, vu qu'ils qu'ils comprennent les chiffres, semblent aussi inconscients des limites. Ces limites, pourtant on les a déjà atteintes dans au moins deux domaines. Premièrement, il y a au moins un milliard de gens sur terre qui ont une diète déficiente et aucun économiste ou politicien n'a proposé de manière crédible de changer cela. Deuxièmement, même dans nos pays riches, le système de santé est débordé et on ne sait plus comment le financer.