Bédé francophone : une année en pente douce

Le bilan annuel de l’Association des critiques et journalistes en bande dessinée confirme l’engouement du public pour la série Les nombrils.
Photo: Dupuis Le bilan annuel de l’Association des critiques et journalistes en bande dessinée confirme l’engouement du public pour la série Les nombrils.

C’est l’histoire de 1678 auteurs qui, en 2013, ont mis sur le marché près de 5159 albums, dont 3882 étaient de strictes nouveautés. Il y a eu des suites de séries réputées, de l’humour, de l’histoire, L’étranger de Camus et des mangas. Mais à la fin, c’est encore et toujours Astérix qui gagne : les 35es aventures du plus célèbre des Gaulois, Astérix chez les Pictes (éditions Albert René) ont été tirées en effet à 2,4 millions d’exemplaires, plaçant le titre au sommet du palmarès annuel établi par l’Association des critiques et journalistes en bande dessinée (ACBD), mais aussi 2 millions d’albums plus loin que le numéro 2 dans la liste : Black et Mortimer, épisode 22, L’Onde Septimus (éditions Blake et Mortimer).

 

Le bilan annuel de l’association regroupant des critiques spécialisés en 9e art en France, Belgique, Suisse et au Québec confirme également l’engouement des masses pour la série Les nombrils (Dupuis), imaginée depuis 2004 dans la région de Sherbrooke par Marc Delafontaine et Maryse Dubuc. Le tome vi des aventures de Karine, Jenny et Vicky, Un été trop mortel, fait partie des 10 meilleurs tirages de l’année qui s’achève, avec 170 000 exemplaires, derrière Les légendaires, Les blagues de Toto, Boule et Bill, Thorgal, Blacksad, XIII et Le Chat de Geluck, qui complètent cette liste des tirages imposants de l’année. Guy Delisle s’y illustre également à la 58e place avec son Guide du mauvais père (Delcourt), tiré à 67 000 exemplaires.

 

De grandes séries ont continué de faire pétiller le monde de la bulle en 2013, constate l’ACBD, mais pas assez pour éviter une légère décroissance, que l’on pourrait qualifier d’historique. En effet, pour la première fois en 17 ans, l’industrie de la bande dessinée a composé cette année avec une diminution de son offre éditoriale : les parutions de titres ayant baissé de 7,3 % par rapport à l’année précédente, peut-on lire dans le rapport signé Gilles Ratier, secrétaire général de l’association et fin observateur du monde de la bédé francophone. Pis, il y a eu 217 créations d’oeuvres de moins cette année, par rapport à 2012, indique-t-il.

 

Dans l’ensemble, le rythme des parutions a été soutenu avec 10 nouveautés publiées chaque jour de 2013. C’est sans surprise la catégorie des mangas qui domine le marché : 40,7 % des parts, suivie de très près par la bédé dite franco-belge (Les nombrils, Spirou et Game Over en font partie), qui cette année a représenté 39,3 % des nouveautés. Les comics américains (10,5 %) et les romans graphiques et expérimentaux (9,6 %) complètent ce tableau des genres.

 

Une nouvelle fois, le bilan de l’ACBD vient déjouer les préjugés en démontrant, chiffres à l’appui, qu’en matière de genre, la bédé pour enfants est loin de dominer ce secteur de l’édition. L’an dernier, dans la masse, à peine 211 albums entrant dans cette catégorie ont fait leur apparition, soit bien moins que les séries adultes à caractère historique et les séries humoristiques qui occupent plus de 52 % du marché de la bédé francophone. La science-fiction vient ensuite en représentant 15 % des albums publiés cette année.

 

Loin d’être replié sur lui-même, le monde francophone des récits en cases a confirmé une nouvelle fois son ouverture sur le monde, l’autre et la différence, avec l’apparition de 2257 nouvelles bandes dessinées traduites en français, et a puisé principalement dans le bassin créatif d’Asie et des États-Unis, indique l’ACBD. Le 9e art réussit toutefois moins son ouverture sur les univers numériques, poursuit l’association. En ces lieux, la mutation de la bédé y « reste toujours marginale », écrit Gilles Ratier, et ce, « malgré de nombreuses initiatives d’auteurs, de diffuseurs et d’éditeurs ».