Les balades de Gilles Archambault

Plus d’avenir au bout de ses années, écrit Gilles Archambault, parlant de sa vie qui passe ; qui « perdure », précise-t-il, ambigu, dans Sortir de chez soi. Par un puissant retour sur soi, tant l’extérieur le pousse vers l’intérieur, ce mince livre de confidences et d’errance près de son appartement, rue McGill, dans le Vieux-Montréal, dit l’émotion d’être bien vivant.

 

On connaît d’Archambault sa mélancolie, d’une espèce qu’on dit volontiers féminine. Suivre le pendule de sa détresse latente, c’est penser à lui comme l’escargot qui, à peine sorti de sa coquille, s’y replie silencieux, quasi honteux, suivant la pente destructrice des champs plantés d’illusions. « J’ai atteint ce moment de la vie où tout devient urgent. » Ce tout raréfié, c’est le temps qui lui manque déjà.

 

Fait-il si bon en soi qu’il ne vaille qu’y demeurer, ou se risquer dehors, pour sentir qu’on ne désire plus bien ? À l’heure des bilans, nul triomphe à dire le deuil de la compagne aimée. Face à la perte, la tristesse vaut l’élan de répéter que ce vide est une forme parasitaire de la santé et que l’amour d’un quartier n’impose pas d’y respirer à pleins poumons. Même si la jeunesse l’arpente, l’envie de la rejoindre passe au large. Dernier message ? Écrire en creux tout ce qu’on ne peut pas toucher.

 

Des questions ? Archambault les pointe simplement, parmi de très jolies photographies prises dans ce quartier. L’ouvrage vante donc la rue McGill, soeur des Champs-Élysées, disait-on avec humour pour qualifier son allure parisienne. L’écrivain y va et vient comme dans sa mémoire. Flanquée de bâtiments solides, encorbellés, entre la place Victoria et le fleuve, elle a fière allure. Elle correspond bien au style naturel de l’écrivain, simple et désenchanté, attachant et innocent, d’un minimalisme ému bordé d’usure.


Solitude

 

Si un malaise vous envahit à la lecture, c’est que sa solitude d’homme âgé vous aura touché. Psychiquement lourde, la charge fait ployer : Archambault est un chêne et un roseau. Il a la force de sa fragilité, avoir renoncé jeune aux exutoires, pour confronter les livres et l’intimité. Sa pensée est toute dans l’invisible, où il accroche éperdument ses souvenirs aux lieux de son quartier. Et les photos du verre, des pierres, des silos à grain, du contemporain et de l’ancien, ces arcanes de l’urbanisme contre lesquelles tempêter, disent avec lui que cette beauté, c’est un ancrage précieux dans le temps entamé.
 

 

Collaboratrice

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