Femmes en tête

En mai 1914, Emmeline Pankhurst est arrêtée devant le palais de Buckingham alors qu’elle tente de présenter une pétition sur le droit de vote des femmes au roi George V.
Photo: IAM/AKG-Images En mai 1914, Emmeline Pankhurst est arrêtée devant le palais de Buckingham alors qu’elle tente de présenter une pétition sur le droit de vote des femmes au roi George V.

Elles ont remis en question les schèmes de pensée traditionnels, bousculé les idées reçues. Au fil des ans, des siècles, elles ont revendiqué le droit de penser et d’exprimer librement leurs idées. Parfois au péril de leur vie.

 

Après Les femmes qui lisent sont dangereuses et Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, voici Les femmes qui pensent sont dangereuses. Un beau livre sur papier glacé abondamment illustré, tout comme les deux ouvrages précédents parus ces dernières années, mais sans la griffe vivifiante et l’oeil allumé de l’historienne et écrivaine française Laure Adler, cette fois. L’auteur et éditeur allemand Stefan Bollmann signe seul les textes de cette galerie de portraits néanmoins inspirants, éclairants.

 

Vingt-six portraits en tout. Qui souvent se recoupent. Qui permettent, même succinctement, de plonger tour à tour dans les idées et le parcours de vie de ces femmes philosophes, scientifiques, militantes, journalistes et politiciennes qui ont fait avancer la marche du monde en s’appropriant des chasses gardées masculines.

 

Il y a les monuments : Simone de Beauvoir avec son Deuxième sexe. Marie Curie avec sa découverte de la radioactivité, ses deux prix Nobel. Et, bien avant elles : Olympe de Gouges, grande pionnière féministe morte guillotinée qui, deux ans après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, rédigea sa propre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, se plaignant que la Révolution ne profitait qu’aux hommes.


Matières grises

 

Autre incontournable, celle qui, plus d’un siècle et demi plus tard, a dénoncé la « banalisation du mal » et disséqué les rapports entre l’antisémitisme, le fascisme et le totalitarisme : Hannah Arendt. Elle pour qui le non-conformisme social était « la condition sine qua non de l’accomplissement intellectuel ». Tout aussi atypique sur le plan des idées et du mode de vie : la psychanalyste Lou Andreas-Salomé. Plus près de nous dans le temps : Susan Sontag, pour qui le désir d’écrire était lié à la question de l’identité sexuelle. Et, sur le plan politique, Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, femme de courage qui a sacrifié sa famille et sa liberté pour sa patrie, la Birmanie, passant 15 années en résidence surveillée sous la dictature militaire.

 

Femme de courage tout aussi bien, aux convictions inébranlables : Anna Politkovskaïa, cette journaliste russe morte assassinée en 2006, ennemie déclarée de Vladimir Poutine et de ses sbires, grande militante des droits de la personne qui n’a cessé de dénoncer les exactions en Tchétchénie.

 

Ce n’est pas la diversité qui manque parmi les femmes qui se sont battues pour leurs idées. Pensez à l’anthropologue Margaret Mead, à l’ethnologue Jane Goodall, à la philosophe Ayn Rand, dont la vision individualiste du monde continue d’exercer une influence, notamment aux États-Unis. Pensez aussi à celle qui a donné son nom à la loi permettant aux Françaises d’interrompre leur grossesse, Simone Veil, dont la photo orne la page couverture de l’ouvrage.

 

Il y a d’agréables surprises, telle l’illustratrice d’origine iranienne Marjane Satrapi, auteure du troublant et captivant roman graphique à caractère autobiographique Persepolis, adapté avec succès au cinéma.

 

Tellement fascinant de voir réunies toutes ces têtes fortes sous un même toit ! Certains choix s’avèrent certes discutables, mais le sens critique n’est pas absent. On évite la plupart du temps la simple hagiographie.

 

Bien sûr il y a des absentes, comme le fait remarquer Christine Ockrent dans la préface. Mais on ne peut que se réjouir avec elle de constater que relève il y a. C’est d’ailleurs à la jeune Malala, cette Pakistanaise de 15 ans qui a été la cible de tueurs talibans dans le bus qui la ramenait chez elle à la sortie de l’école, que la journaliste française souhaite dédier Les femmes qui pensent sont dangereuses : « Ils voulaient l’empêcher de penser. Elle continue. Les femmes qui pensent sont admirables. »

 

 

Collaboratrice
4 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 15 décembre 2013 10 h 01

    Les femmes sont-elles grandes comme le sont les hommes quand ils sont grands?

    On a toujours l'impression quand on parle de ce sujet que les femmes grandes le sont de la même manière que les hommes et que simplement elles sont moins nombreuses, ce qui dévalorise le propos.

    Il faudrait un jour préciser la force et la ténacité supplémentaires que demandent à une femme de se faufiler et survivre dans la forêt de statues élevées aux hommes grands.

    • France Marcotte - Inscrite 15 décembre 2013 11 h 04

      que demande.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 15 décembre 2013 16 h 13

    Bon...

    "Les femmes qui pensent sont admirables" Christine Ockrent

    Parce qu'il y a des femmes qui ne pensent pas. Bien sûr on ne peut penser toutes et tous pareil, mais de la à croire que des femmes de pensent pas... Peut-être que certaines n'en n'on guère le loirsit, mais ça... Peut-être que'elle n'en ont guère le temps ou savent que c'est dangereux. Et que dirait-elle des hommes?

    • Solange Bolduc - Inscrite 16 décembre 2013 10 h 06

      En effet, ça prend du temps avant de s'affirmer comme femme, envers et contre tous, surtout en refusant de se soumettre aux hommes...

      Quand cela vient, c'est que la femme est devenue digne d'être une femme, de penser à sa manière, même sans les hommes..s'il lui est possible de s'en passer ?