Dany Laferrière élu à l’Académie française

Dany Laferrière entend contribuer à la mission de l'Académie dans les limites prescrites par cette institution par ailleurs en perte de reconnaissance et souvent qualifiée de sclérosée.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Dany Laferrière entend contribuer à la mission de l'Académie dans les limites prescrites par cette institution par ailleurs en perte de reconnaissance et souvent qualifiée de sclérosée.

L’écrivain Dany Laferrière est élu à l’Académie française. Il est le premier écrivain haïtien et québécois à entrer sous la coupole historique de cette institution fondée en 1635 par le cardinal Richelieu. Il occupera à compter de ce jour le fauteuil naguère occupé par Montesquieu et Alexandre Dumas fils. Il succède à cette place à l’écrivain Hector Biancotti, et arborera donc le bicorne, l'épée de fer blanc et l'habit vert des immortels.

Depuis Port-au-Prince, l'écrivain a eu une pensée pour Montréal, «la ville qui [l'a] construit sur le plan littéraire». Il dit arriver à l'Académie plein d'enthousiasme. «Ce sont des gens très sympathiques, très érudits, pas snobs du tout», a-t-il dit en entrevue à RDI. Cette entrée, qu'il avait lui-même sollicitée comme le veut la coutume, il la souhaitait ardemment. «Je me suis dit: on peut tout. [...] Je n'aime pas les portes fermées; je crois que c'était ma route, c'était mon chemin. J'ai tracé cette route.»

Dany Laferrière entend contribuer à la mission de l'Académie dans les limites prescrites par cette institution par ailleurs en perte de reconnaissance et souvent qualifiée de sclérosée. «Je n'ai pas du tout l'intention de chambouler [les] habitudes [de l'Académie]», a précisé l'écrivain, dont la nomination survient à «un temps très doux» dans sa vie. Il a d'ailleurs insisté sur la modestie avec laquelle il accepte ce rôle. «Ce n'est pas tant l'écrivain qui est immortel que la langue [...], les écrivains [de l'Académie] se passent la langue comme un témoin.»

Né à Port-au-Prince le 13 avril 1953. Dany Laferrière a vécu à Montréal depuis le milieu des années 1970, avec des séjours fréquents en Floride et en France. En 2009, son roman L’énigme du retour lui a valu le prix Médicis ainsi que le Grand Prix de la ville de Montréal et le Prix des libraires du Québec. Ses livres sont traduits dans une quinzaine de langues. Son œuvre compte à ce jour une vingtaine de livres, nouvelles, romans, ouvrages pour enfants. Le cœur de son travail est formé par ce qu’il présente sous le nom d’«autobiographie américaine» composé notamment d’une dizaine de romans qui forment son «cycle haïtien». Il a passé beaucoup de temps ces dernières années à réécrire certains de ses livres plus anciens avant de les relancer.

Plus de détails à venir.
15 commentaires
  • Éric Turenne - Inscrit 12 décembre 2013 13 h 12

    Toussaint

    C'est monsieur l'ouverture qui serait content
    Quelle ironie

  • Jean Lengellé - Inscrit 12 décembre 2013 13 h 51

    Quel honneur, quel bonheur!

    La langue n'a plus de frontière, enfin!
    Souhaitons que le prochain titre de ce remarquable personnage à l'humour acerbe ne s'intitule pas: " comment récupérer l'honneur fait à un nègre sans se fatiguer".
    Notons pour les censeurs habituels que "nègre" en Haïti signifie "homme", sans distinction de couleur, et qu'il n'y a pas de plus grand honneur pour le blanc que je suis d'y avoir été accueilli comme "Grand nègre"!

  • - Inscrit 12 décembre 2013 14 h 33

    Bravo !

    Je ne lis pas tellement les romans, mais c'est surement une récompense méritée.

    Il y aura surement des analyses et appréciation quant à la signification de cette institution pour nous et pour la francophonie.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 12 décembre 2013 14 h 37

    Une autobiographie américaine... justement!

    J'ai hâte qu'elle soit publiée en édition compacte comme la collection Quarto, par exemple.

    Cela dit, Dany est à Port-au-Prince, chez lui, pour y fêter son élection. Il est le premier écrivain haïtien, après tout, à accéder à l'Académie française. Voilà le fait!

    Il a beau jouir de la double nationalité canadienne, avoir été bien acceuilli au Québec et y avoir vécu quelques années, ça ne change rien à son identité nationale native.

    Y a que des colonisés pour tirer ainsi la couverte de leur bord en tentant de récupérer son élection!

  • Nathalie Lemel - Inscrite 12 décembre 2013 15 h 31

    Sucre de canne 2 - Sirop d'érable 0

    Il semblerait qu'une fois de plus la Perle des Antilles ait beaucoup plus de valeur que quelques arpents de neige.
    Je suis si heureuse de voir un natif de la première ville francophone des Amériques, Port-au-Prince, accéder à cet insigne honneur.

    J'espère de tout cœur que cet exemple donnera du courage à tous ces ressortissants francophones, bardés de diplômes, qui nous conduisent en taxi depuis Dorval ou qui nettoient nos locaux pour $8 de l'heure.
    Descendants d'anciens esclaves révoltés qui ont su arracher leur indépendance face à un Empereur dont tout le monde a oublié le nom, et qui marri, en a vendu un petit terrain du nom de Louisiane ; ils n'ont pas hésité à payer jusqu'au dernier sou la rançon honteuse exigée par l'ancienne métropole, malgré la misère, la pression d'autres impérialistes et les catastrophes.
    Dans une condition bien pire que celle où certains se conduisent en «chialeux», ils continuent pourtant à apprendre, lire et écrire dans la Langue sans renier l'Autre, celle qu'ils ont créée.

    C'est compatissante que j'adresse une pensée émue aux Tremblaygagnon qui auront peut-être un jour l'occasion de discourir sous Le Dôme :
    «Bon matin, chu si contânt d'être lô parmi vous tousse. A date, ça prend du support pour être admis dans vôt'gang. Au risque de parler à travers mon chapeau j'dois dsire que c'est avec un peu de délai que j'suis rendu lô, toutes ces salles de montre m'ont dsonné envie de magasiner pis l'traffic était jammé su'l'track. Anyway, j'prend çô avec une pincée de sel, c'est tellement l'fun d'être icitte pour perler françâ, alors que vozôtes vous dites weekend pis parking. C'est une opportunité de partir un lunch et d'aller au party. j'veux pas faire un fou de vous mais j'sais qu'avec vos happy meal vous savez pu c'que c'est que la cuisine française de France de souche pure-laine, aussi j'vous ai shippé du smoked-meat, c'est pas du cheap»

    • Paul Gagnon - Inscrit 12 décembre 2013 16 h 21

      Étrange, très étrange.
      Qui a t-il à y comprendre?
      Rien de rien, je suppose...

    • Grace Di Lullo - Inscrit 12 décembre 2013 16 h 48

      En tant que francophones d'Amérique il faut se réjouir de cette nomination. Le destin des Haitiens et des Québécois, Louisianais, Acadiens, de francophones de l'Ouest et ajoutons ceux de la Cote-Est des États-Unis relève de la tragédie. Cette dernière rime avec affranchissement, déportation, conquêtre, migration dans des usines, exploration d'un continent, etc.

      Il faut être fiers des exploits et de la résilience des francophones d'Amérique. Je suis heureuse pour Monsieur Laferrière, Louverture au ciel doit également l'être. Il faut espérer que d'autres écrivains francophones d'Amérique deviennent Immortels et que la Métropole ...saissise qu'il y a des francophones ailleurs qu'à Paris.

      Il faut également aimer ces braves gens francophones parlant créole, jouales, slang, etc. et qui gagnent leurs vies durement. Il me semble que Monsieur Laferrière ne les méprise pas dans son oeuvre.

    • Gilles Théberge - Abonné 12 décembre 2013 17 h 17

      Pourquoi cette amertume teintée d'une sorte de revanchisme incompréhensible...? Est-ce que vous comprenez vous-même ce que vous écrivez ici?

      Je suis content que Dany Laferrière soit élu à l'Académie, preuve s'il en est que cette institution séculaire est moins décatie qu'elle ne parait, capable de reconnaitre le talent, capable de coopter des hommes et des femmes de valeur.

      Et je suis content qu'il soit d'origine Haïtienne, ce peuple avec lequel nous avons notre langue et une grande part de notre culture en partage.