Grand prix de la bédé 2014 - Un Mauvais genre qui a fait bonne figure

Mauvais genre a été récompensé en raison de la qualité de ses dessins, de ses cadrages et sa mise en scène.
Photo: Dessin de Chloé Cruchaudet, source Delcourt Mauvais genre a été récompensé en raison de la qualité de ses dessins, de ses cadrages et sa mise en scène.

Il ne peut pas, bien sûr, n’y en avoir qu’un, mais ce sera finalement lui : Mauvais genre (Delcourt), album dessiné par Chloé Cruchaudet, a été couronné lundi du Grand Prix de la critique, cuvée 2014, sorte de prix Renaudot du neuvième art remis annuellement par l’Association des critiques et journalistes en bande dessinée (ACBD). L’oeuvre relate la vie de Paul Grappe, soldat français qui, pendant la Première Guerre mondiale, a décidé de se travestir en femme pour fuir l’enfer du front et des tranchées. Elle s’inspire d’une histoire vraie racontée en 2011 dans l’essai historique La garçonne et l’assassin (Payot) de Fabrice Virgili et Danièle Voldman.

 

Troisième album complet de Chloé Cruchaudet, Mauvais genre a été élu album de l’année par les 70 journalistes suisses, français, belges et québécois qui composent cette association internationale de critiques, et ce, parmi les 3919 nouveautés francophones publiées entre novembre 2012 et octobre 2013. Par voie de communiqué, l’ACBD a justifié son choix en parlant d’une bédéiste talentueuse et d’un album qui déploie dans son dessin, ses cadrages et sa mise en scène « des moyens inusités pour caractériser la virilité, la féminité et poser la question du genre ».

 

Le Grand Prix de la critique cherche annuellement à mettre en valeur des oeuvres « à forte exigence narrative et graphique ». L’an dernier, la prestigieuse reconnaissance est allée dans les mains d’Emmanuel Guibert pour L’enfance d’Alan (L’Association).

 

L’album de Chloé Cruchaudet croisait le fer cette année avec Annie Sullivan Helen Keller (Ça et là/Cambourakis) de Joseph Lambert, autre récit historique qui plonge dans la jeunesse d’une figure du mouvement social aux États-Unis, Helen Keller, et de la gouvernante qui a changé sa vie, le tome II de Kililana Song (Futuropolis) de Benjamin Flao, aventure poétique dans l’Afrique d’aujourd’hui, le Melvile (Le Lombard) de Romain Renard, incursion dans la dépression d’un romancier, et La propriété (Actes Sud) de Rutu Modan, qui évoque le retour en Pologne d’une vieille Israélienne ayant fui le ghetto de Varsovie avant la Seconde Guerre mondiale.

 

Plus d’une centaine de titres se sont approchés cette année de ce Grand Prix, sans pour autant dépasser, pour la grande majorité, le premier tour de la sélection. Parmi eux, cette année, se trouvaient d’ailleurs deux oeuvres québécoises, phénomène rare : Jane, le renard et moi (La Pastèque) oeuvre explorant le thème de l’intimidation signée Fanny Britt et Isabelle Arsenault ainsi que Lartigues et Prévert (La Pastèque), un chef-d’oeuvre de graphisme et de déconstruction de Benjamin Adam.


Fabien Deglise est membre de l’Association des critiques et journalistes en bande dessinée.

1 commentaire
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 10 décembre 2013 21 h 46

    Très beaux dessins

    Les couleurs et la luminosité des dessins sont à la fois poétiques et dramatiques. Le sujet fort intéressant et très peu abordé. Je crois que j'ai un coup de coeur!