Prix du livre neuf - Amazon s'invite dans la discussion

Photo: Pedro Ruiz -Le Devoir

Le géant américain des ventes de livres en ligne Amazon vient de s’inviter dans la discussion sur le projet de loi sur le prix du livre du ministre de la Culture et des Communications Maka Kotto. 

En effet, Amazon a inscrit au registre des lobbyistes du Québec ses « démarches en vue de modifier les orientations du gouvernement du Québec en matière de réglementation du marché du livre, particulièrement en rapport à la loi 51 », loi qui définit le livre et protège l’écosystème d’ici. Rappelons que l’intention annoncée du ministre Maka Kotto est « d’assujettir le livre numérique à la loi 51 », même si le « comment » n’a pas encore été dévoilé.

 

C’est Maître Jacques Shore, associé du cabinet en droits d’affaires Gowlings, d’Ottawa, qui représentera encore les intérêts d’Amazon auprès du ministère de la Culture et du ministère des Finances et de l’Économie. Car Me Shore a agi déjà comme conseiller juridique pour la compagnie, lors de « l’examen des investissements étrangers de la société et à l’ouverture de son premier centre de gestion des commandes au Canada, » comme l’indique le site de Gowlings. Il est aussi un habitué des négociations fédérales sur des enjeux tels l’énergie nucléaire, l’environnement, la sécurité nationale, l’aviation, l’aérospatiale, de même que les politiques culturelles.

 

Me Shore est lui-même auteur : en plus d’articles sur le droit, il a publié deux récits religieux illustrés pour les enfants, en anglais : Friday Night with the Pope [Vendredi soir avec le pape] et Menorah in the Night Sky. A miracle of Chanukah (Gefen Publishing, 2002) [Un menora dans la nuit. Le miracle de Hanoukka.]

 

Le mouvement Sauvons les livres, par le biais de sa porte-parole Élodie Comptois, des éditions Écosociété, a fortement réagi à la nouvelle. Amazon, rappelle Mme Comtois, a été invité à se faire entendre lors de la commission parlementaire sur le prix du livre, et a refusé de s’y présenter. « Ils préfèrent s’inscrire comme lobbyiste maintenant qu’un projet de loi est annoncé afin d’en orienter le contenu dans leur intérêt. On imagine que l’entreprise va mettre tout en oeuvre pour ne pas que la réglementation soit adoptée au Québec, fidèle à leur stratégie mondiale, » indique Mme Comtois.

 

« Aux États-Unis, poursuit Élodie Comtois, les éditeurs sont aujourd’hui très inquiets, car leur plus gros client, Amazon, peut cesser de les référencer sur son site à tout moment, ce qui équivaut à une catastrophe pour plusieurs. Cinq cents éditeurs indépendants, qui refusaient les conditions d’Amazon, ont été débranchés du jour au lendemain. » Pour le mouvement, qui milite pour un prix réglementé, les consommateurs ne voient pas tout de suite l’arrivée sur le marché de géants susceptibles de former un oligopole, mais « une fois dans une position de domination, Amazon peut alors hausser les prix comme on le voit aujourd’hui en Grande-Bretagne. »

 

 

 

 

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10 commentaires
  • Grace Di Lullo - Inscrit 9 décembre 2013 19 h 43

    N'y aurait-il pas moyen de se structurer pour concurrencer Amazon ? On dirait un monopole en devenir.

  • Micheline Migneault - Abonnée 9 décembre 2013 22 h 49

    Pourquoi pas?

    En réponse au géant américain, pourquoi ne pas fermer notre compte Amazon... et encourager le commerce local?

    • François Desjardins - Inscrit 11 décembre 2013 08 h 07

      En effet!

  • Yves Gingras - Abonné 10 décembre 2013 02 h 38

    Lisez "Voyage en Amazonie"

    Après avoir lu ce livre (Voyage en Amazonie) du journaliste français inflitré chez Amazon qui décrit les conditions de travail excécrables des employés qui courent après les livres sur des kilomètres de rayonnnage et sont suivis à la trace à la seconde pour leur propductivité, vous ferez comme moi et éviterez d'acheter chez Amazon.

    • François Desjardins - Inscrit 11 décembre 2013 08 h 09

      Cela n'est pas assez connu! Si c'était le cas, pas mal de gens feraient comme vous!

  • Christian Boutin - Inscrit 10 décembre 2013 06 h 52

    Chantage

    Ceux qui se demandaient si une loi sur le prix unique du livre était appropriée, et bien Amazon nous prouve que oui. Ils vont venir faire du lobbying et même du chantage auprès de notre gouvernement. Quand Apple a débarqué dans la vente du livre numérique, le prix de ceux-ci a augmenté, voilà qu'Amazon veut s'imposer aussi. Avant longtemps il n'y aura qu'une poignée de gros qui va tout contrôler et on va se retrouver dans le domaine du livre comme dans celui du pétrole où quelques pétrolières controle le prix du pétrole et elles s'entendent très bien entre elles.

  • Peter Kavanagh - Inscrit 10 décembre 2013 08 h 14

    Loi inutile

    Je continue a penser que ce projet de loi est inutile. Les gens qui vont déjà dans les librairies vont continuer a y aller, mais ceux qui achete en grande surface vont continuer a y acheter. On parle beaucoup de $$, mais la raison principale du succes ces Amazon, Costco, Wallmart et autre est le coté rapide et pratique. Pensez-vous sérieusement que même si le prix était le même partout ( il y aura quand même 10% d'économie), les gens vont se mettre a faire un détour pour aller chez un libraire?? Je ne le penses pas.

    • Gilles Théberge - Abonné 10 décembre 2013 17 h 10

      À vrai dire monsieur Kavanagh, il semble que toute loi instaurant une régularisation des échanges commerciaux vous disconvient.

      Ici, la chose que vous oubliez et jene m'en étonne pas même si ça m'attriste, c'est que vous ne considérez que l'aspect financier de la lecture et de l'acquisition des livres.

      La lecture monsieur Kavanagh, c'est la culture. Et la culture sa se conjugue en un ensemble de liaisons subtiles qui ne se nouent que dans un rapport personnalisé entre celui qui cherche et celui qui sait.

      Amazon, ce n'est qu'un vendeur de livres. Et tout ce qui compte pour ce fournisseur comme les chaînes genre Costco, c'est le volume de volumes. Big deal!

      Je suis heureux que vous ne soyez pas ministre de la culture.