L’aventure du progrès québécois

Des gravures, comme Village de Saint-Hyacinthe, comté de Saint-Hyacinthe (vers 1832) de R.S.M. Bouchette, complètent les propos des auteurs de l’ouvrage.
Photo: Source VLB Des gravures, comme Village de Saint-Hyacinthe, comté de Saint-Hyacinthe (vers 1832) de R.S.M. Bouchette, complètent les propos des auteurs de l’ouvrage.

« Promouvoir la connaissance de l’histoire » auprès d’un large public, c’est ce que voulait Pierre Graveline, essayiste et animateur culturel, en dirigeant la publication du livre richement illustré Dix journées qui ont fait le Québec. Il n’atteint pas son but par l’endoctrinement, mais par le charme et le paradoxe. D’ailleurs, l’un des collaborateurs, l’écrivain Jean-Claude Germain, pique la curiosité en faisant carrément de nos ancêtres notre avenir. Fort de son talent de conteur et de dramaturge, Germain, avec une originalité lumineuse, nous compare aux personnages du passé : « Nous sommes les vieux et ils sont notre jeunesse. Ne sommes-nous pas la somme et la mémoire de ce qu’ils ont été ? » Parmi les dix collaborateurs, d’autres vulgarisateurs chevronnés s’inspirent aussi d’une vision évolutive dans ce panorama de notre histoire.

 

Chacun traite d’une date marquante. Jacques Lacoursière redonne vie à la fondation de Québec (1608), Denis Vaugeois, à la signature du traité de Paris cédant le Canada à la Grande-Bretagne (1763), Gilles Laporte, à l’Assemblée des Patriotes des Six Comtés (1837). Des gravures tirées des Voyages de Champlain (1613), le portrait du gouverneur Pierre de Vaudreuil, peint vers 1755 par Donatien Nonotte, une belle vue de Saint-Hyacinthe (vers 1832), de Robert S. M. Bouchette, complètent notamment leurs propos.

 

D’autre part, des spécialistes apportent de précieuses contributions plus pointues. Denys Delâge rappelle que la Grande Paix de Montréal (1701), conclue avec l’Amérique autochtone, exprime, par plusieurs dessins et objets anciens d’un grand intérêt artistique et ethnographique, « autant la profondeur de notre histoire commune que celle de notre métissage ».

 

Béatrice Richard montre que la répression sanglante du soulèvement populaire, dans la Vieille Capitale, contre la conscription (1918) constitue le « premier choc frontal entre l’État canadien et le Québec ». Quant à Marie Lavigne, elle brille en donnant une portée universelle à l’adoption en 1940 du droit de vote des femmes, même si le Québec était ainsi en retard sur le fédéral et les autres provinces. L’historienne signale qu’au milieu du XIXe siècle, ici et dans tant d’autres sociétés, seule une minorité de possédants avaient le privilège d’être électeurs. Elle exprime ce jugement pénétrant : « Le vote des femmes est la modification la plus fondamentale qui a été apportée à la démocratie de représentation, car c’est dès lors l’appartenance à l’espèce humaine qui devenait le premier critère de citoyenneté et de l’exercice de droits politiques. »

 

En marge de son texte, de jeunes travailleuses, descendues des tramways, défilent, à l’heure de pointe, place d’Armes en 1943. La scène, croquée par le photographe montréalais Conrad Poirier, évoque à merveille la marche quotidienne du Québec et du monde vers un avenir déjà né.


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