Fellini infini

Le cinéaste Fellini a créé une rupture profonde en s’éloignant de l’austérité du néoréalisme, ce qui a fait de lui une figure influente.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le cinéaste Fellini a créé une rupture profonde en s’éloignant de l’austérité du néoréalisme, ce qui a fait de lui une figure influente.

Federico Fellini n’est pas mort le 31 octobre 1993, du moins pas son oeuvre, ni son esprit qui flotte depuis des décennies sur Rome, sa ville d’adoption et d’inspiration. Le brillant réalisateur d’Amarcord et de 8 ½ est loin de sombrer dans l’oubli à en juger par la quantité d’ouvrages récents qui revisitent ses fantasmagories. Elles sont d’ailleurs reconnaissables en un instant, peuplées de femmes aux formes voluptueuses, de décors démesurés et de personnages flamboyants.

L’ancien assistant de Roberto Rossellini a créé une rupture profonde en s’éloignant de l’austérité du néoréalisme, influençant ainsi collègues italiens comme illustres étrangers, dont Woody Allen. On lui doit aussi l’invention de mots fameux, dont « paparazzi », figure essentielle de son chef-d’oeuvre jugé scandaleux à sa sortie en 1960, La dolce vita.

Pour en savoir plus sur ce film marquant, l’historien Julien Neutres le revisite dans Et Fellini fonda Rome… Le titre apparaît prétentieux, mais il suffit de parcourir ce bel ouvrage pour comprendre l’impact de cette chronique d’une décadence annoncée, d’abord celle du journaliste Marcello (Marcello Mastroianni, qui d’autre ?), traversant la capitale et ses nuits endiablées. Le tournage peut vraiment être qualifié par l’expression inspirée de l’art du maestro : fellinien. Julien Neutres multiplie les anecdotes sur la conception houleuse de cet hommage cynique à une faune que le cinéaste observait, mais fréquentait à peine. Il s’amusait de la voir se donner en spectacle, ses frasques faisant le délice des journaux à potins, qu’il lisait avec avidité.

Comment évoquer La dolce vita sans parler de la séquence qui allait devenir le cliché par excellence du cinéma de Fellini. La plantureuse Anita Ekberg suppliant Marcello de la rejoindre dans la fontaine de Trevi a cristallisé notre vision de Rome, marquant aussi la carrière de la Suédoise devenue prisonnière de cette scène sublime. L’auteur se fait toutefois moins persuasif au sujet de Roma, espérant une rédemption pour ce titre mal aimé dans la filmographie du cinéaste, qui en compte tout de même quelques-uns.

Le voyage de G. Mastorna n’y figure pas puisque ce projet n’a jamais vu le jour. Au milieu des années 1960, Fellini croyait beaucoup à cette relecture de la Divine comédie de Dante. Dans la préface de ce livre reproduisant le scénario, le critique Aldo Tassone regrette que cette histoire n’ait jamais trouvé le chemin des écrans. Or il suffit de la lire pour comprendre que Fellini en a repris plusieurs éléments dans Répétition d’orchestre, La cité des femmes ou La voix de la lune. Disons que la parution de cette « conscience-fiction » illumine surtout notre connaissance de Fellini, encore et toujours ce feu d’artifice infini.

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