Bilan du 36e Salon du livre de Montréal: désir de changement

Le 36e Salon du livre de Montréal a accueilli quelque 120 000 visiteurs.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le 36e Salon du livre de Montréal a accueilli quelque 120 000 visiteurs.

Les livres remis en boîte, les stands démontés, le Salon du livre de Montréal a conclu sa 36e édition lundi après-midi après avoir accueilli quelque 120 000 visiteurs, dont 18 000élèves dans le cadre des matinées scolaires.

 

C’est une affluence en légère hausse comparativement aux 118 500 visiteurs de l’an dernier, mais en baisse par rapport aux 124 500 visiteurs des deux années précédentes. Côté contenu, un désir de changement soufflait cette année sur le Salon.

 

Haïti à l’honneur

 

Pour la première fois, le Salon du livre de Montréal mettait la littérature d’un autre pays à l’honneur. Haïti a ouvert le bal de ces rencontres croisées, dans lesquelles la maison d’édition Mémoire d’Encrier, qui fêtait par ailleurs ses dix ans, jouait joyeusement les entremetteurs littéraires. Au stand consacré à faire découvrir la littérature haïtienne, l’affluence a été importante. Dimanche soir, déjà, les tablettes clairsemées disaient les livres emportés et le succès de l’entreprise.

 

Éric Blackburn, libraire au Port de tête à Montréal, est celui qui a eu la tâche de réunir, en quatre mois à peine, quelque 850 titres différents pour représenter la littérature haïtienne. Ce fut une plongée intense dans l’histoire de cette littérature. Lui qui connaissait déjà quelques noms — Jacques Roumain, Jacques Stéphen Alexis, Dany Laferrière, Anthony Phelps, Joël Des Rosiers, qui avait lu quelques poèmes de Davertige et de Clément Magloire-Saint-Aude — a découvert « une richesse, une diversité » qu’il n’attendait pas sur « une si petite île. La littérature haïtienne est une grande littérature puisqu’elle atteint à l’universel, et nous touche ainsi ».

 

Comme libraire, M. Blackburn s’était donné trois défis : « que les Haïtiens d’origine disent “Wow ! C’est chez nous, ça”», et qu’ils en soient fiers ; de faire en sorte que les Haïtiens d’origine qui sont nés ici et ne connaissent pas Haïti disent « Wow, ce sont ça, mes origines ! » ; et finalement, donner à tous les Québécois envie d’entrer dans cette littérature.

 

La diversité était au rendez-vous, entre les livres de recettes, les romans à compte d’auteur, et les incontournables. « On me dit que même en Haïti, une telle concentration de livres haïtiens n’existe pas. »

 

L’exercice était-il purement diplomatique ? Pour l’auteur québéco-haïtien Joël Des Rosiers, la rencontre « était très, très importante. Les rapports Québec-Haïti datent des rapports Nouvelle-France–Saint-Domingue. C’est une histoire très ancienne, une amitié historique que nous ne connaissons que trop peu. Reine Malouin, d’ici, a écrit Haïti l’île enchantée en 1938. Le découvreur de Nelligan, Louis Dantin, a écrit une anthologie consacrée à des poètes haïtiens. Nous avons besoin de ces échanges, et de les renouveler. Car nous avons besoin, Haïti comme Québec, de ne plus nous sentir seuls. »


Essais littéraires

 

Entre les manifestations du mouvement Sauvons les livres, la programmation était resserrée — moins de conférences sur les crânes de cristal ou la nage avec les dauphins, encore un peu de tarot, mais beaucoup plus de discussions à teneur politique, littéraire, sociale, fort bienvenues.

 

La littérature voulait être mieux représentée, avec, jeudi soir, « la littérature se livre », qui s’annonçait comme de courtes lectures-partages essaimées par 70 auteurs aux quatre coins du Salon, présentées par des libraires. Belle idée. Le résultat aura toutefois été mi-figue mi-raisin : pour certains groupes d’auteurs, les lectures, livrées sans micro, dans un hall d’exposition à l’acoustique douteux, n’ont trouvé que très, très peu de spectateurs. « C’était un peu gênant, a confié sous le couvert de l’anonymat un des animateurs. J’ai eu cinq spectateurs pour six auteurs. L’idée est excellente, mais la formule, même en voulant faire intime, n’est pas bonne. » D’autres ont aimé l’expérience, ayant attiré de leur côté 12 ou 15 spectateurs.

 

La remise du prix Grand Public Salon du livre de Montréal/La Presse a aussi fait grincer certaines dents. Ce vox populi, qui veut entre autres « encourager la lecture », a couronné cette année en essais et livres pratiques le livre de recettes de Ricardo, et le roman très très grand public d’Amélie Dubois, Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique ! Les catégories sont-elles trop larges ? Peut-on avoir dans une même catégorie Anne Robillard, Réjean Tremblay, Éric Dupont et Dany Laferrière sans froisser des susceptibilités ? Est-ce qu’un grand écart, comme en essais, entre Gregory Charles et Frédéric Bastien, n’est pas trop grand ? Des questions qui se posent afin que ce vent de changement sur le Salon souffle encore plus fort pour les prochaines éditions.

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