Expozine: le p’tit alternatif à côté

L’Expozine n’a aucun lien de parenté avec le Salon du livre de Montréal. Pas même des cousins éloignés, le premier est encore moins l’off de l’autre. Ces deux voisins sont toutefois épris d’un profond amour pour le même objet, le livre, et chacun profite de novembre pour le célébrer, le Salon dans son manoir et l’Expozine dans le sous-sol de son split-level rempli au maximum de sa capacité.

 

En réalité, c’est dans le sous-sol de l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End que s’entassent ce samedi et ce dimanche plus de 275 exposants, auteurs et éditeurs de« zines », de bandes dessinées, de livres d’art.

 

Expozine, c’est la foire des petites publications littéraires, artistiques innovatrices, expérimentales, et alternatives, explique Louis Rastelli, porte-parole de l’événement qui en est déjà à sa 12e édition. « On a souvent vu au fil des années que ce sont les petits éditeurs qui prennent les risques et que, quand le pari est gagné, un grand éditeur va venir signer un contrat avec l’auteur. Les petits éditeurs font du “ do-it-yourself ” [faites-le vous-même] et c’est là que se dessinent les nouvelles tendances. C’est une des forces de notre foire. Elle suscite beaucoup d’intérêt de la part d’agents et d’éditeurs, de gens qui y vont pour faire du réseautage, car les artisans et les auteurs sont tous sur place », poursuit celui qui est aussi cofondateur de l’organisation Archives Montréal, un collectif d’artistes qui préserve l’art indépendant local derrière Expozine et Distroboto, ces machines distributrices d’oeuvres faites main.

 

Au fil des années, La Pastèque et Les 400 coups sont passées par Expozine avant de s’installer au grand Salon, alors que certains éditeurs tels que L’Oie de Cravan et Drawn Quarterly s’offrent toujours les deux événements. « Ces dernières années, ils ont vendu davantage de livres dans les deux jours de l’Expozine que sur les six jours du Salon du livre », prétend M. Rastelli. La foire indépendante n’attire peut-être pas les masses, mais son auditoire — plus vaste que les frontières du Mile-End — sait ce qu’il vient chercher.

 

Anglos et francos

 

Expozine, très bilingue, attire désormais presque autant d’éditeurs anglos du Québec que du Canada anglais. Certains viennent du Vermont et de New York, et une belle délégation d’artistes de Québec empruntera la 20 (ou la 40) pour mettre ses créations à l’étalage.

 

En plus des tables rondes sur les réalités de l’autoédition, des ateliers et des séances de signatures, ce sera l’occasion de rencontrer Julie Doucet, l’une des fidèles abonnés à Expozine. Alors que L’Oie de Cravan réédite ses débuts avec Fantastic Plotte (voir Vitrine ci-contre), l’artiste bédéiste présentera sa nouvelle maison d’édition de sérigraphies. Plus d’informations au www.expozine.ca.

 

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Bande dessinée
Fantastic Plotte

Julie Doucet

L’Oie de Cravan

Montréal, 2013, 144 pages

 

On remonte le fil du temps. Entre 1987 et 1991, Julie Doucet, petite fille de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal, a mis en images son existence, vécue ou fabulée, dans des petites bandes dessinées publiées à compte d’auteure. Confidentielles, avec un propos cru, un environnement à la génitalité évidente et un trait gras et chargé, ces histoires ont été exposées en anglais dans un fanzine vulgairement baptisé Dirty Plotte. Elles ont aussi posé les bases d’un univers atypique qui rapidement a fait la renommée de cette bédéiste dans la marge, et bien contente d’y être, repérée par l’underground bédéesque américain et français, mais également célébrée comme il se doit pour son oeuvre provocante aux contours tracés à l’aide de quelques sécrétions. Un univers salement exhibitionniste, qu’une certaine inclinaison pour les bas-fonds permet certainement d’apprécier, et que cette nouvelle compilation vient rappeler au bon souvenir du présent.