Vadeboncoeur révélé au soir de sa vie

Le pessimisme de Pierre Vadeboncœur, l’une des plus belles proses d’idées de notre littérature, à l’égard de la survie culturelle du peuple québécois transparaît à nouveau dans les correspondances de L’élève et son professeur.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Le pessimisme de Pierre Vadeboncœur, l’une des plus belles proses d’idées de notre littérature, à l’égard de la survie culturelle du peuple québécois transparaît à nouveau dans les correspondances de L’élève et son professeur.

La publication en 2011 de la première partie (1984-1997) de la correspondance entre les essayistes Paul-Émile Roy et Pierre Vadeboncoeur avait dévoilé l’extrême pessimisme de ce dernier, décédé en 2010, au sujet de la survie culturelle du Québec. L’autre partie (1997-2010), L’élève et son professeur, va plus loin. Pour Vadeboncoeur, même après une victoire du Oui à 51 % au référendum de 1995, « le peuple lui-même se serait écrasé » devant Ottawa !

 

« Je ne veux pas écrire publiquement ces choses-là », avoue à Roy en 2003 celui qui, dans l’une des plus belles proses d’idées de notre littérature, avait examiné sous toutes les coutures la perspective de la libération nationale, résumée sous le titre percutant de l’un de ses livres : Gouverner ou disparaître (1993). Vadeboncoeur attribue la cause de cet échec hypothétique à « l’indétermination », où il discerne « la mollesse, ou la faiblesse, ou la profonde dépression chronique du peuple québécois ».

 

Croire ou pas

 

Clerc de Sainte-Croix laïcisé mais resté croyant, son correspondant Paul-Émile Roy, né en 1928, a enseigné longtemps les lettres au collège de Saint-Laurent. Il est « plus optimiste » à l’égard des Québécois et considère l’avenir de la culture classique française, de Pascal à Valéry, avec plus deconfiance que lui.

 

C’est sans doute pourquoi Vadeboncoeur, agnostique qui admire, de l’extérieur, l’harmonie du catholicisme et qui s’afflige du déclin de la civilisation occidentale, se veut l’élève de ce professeur capable, à ses yeux, de le replonger dans l’univers de sa jeunesse et d’approfondir celui-ci par l’érudition. Dans la présentation des lettres choisies, leur éditeur, l’écrivain Yvon Rivard, souligne ce thème du recueil.

 

Relativiste

 

Vadeboncoeur reste plus près que son professeur de la culture relativiste. Qu’il sente le besoin de complimenter Roy sur la culture livresque de celui-ci, qui puise dans saint Augustin ou dans Paul Claudel, cela provoque notre triste sourire. Par un trait d’ironie qu’il lui lance toutefois, Vadeboncoeur retrouve, pour notre bonheur, son scepticisme : « J’entrerai au ciel pendant que saint Pierre, distrait, sera tout occupé de votre dossier en vous recevant à bras ouverts. »

 

Il reste que, chez lui, l’esthète réitère son incompatibilité avec les créateurs actuels en demandant à l’homme de théâtre Alexis Martin son opinion sur Claudel. « Il m’a répondu,écrit-il, que, pour lui, ses pièces ne sont pas du théâtre, à cause des longues phrases poétiques… Cela me scandalise toujours. »

 

Quant à Vadeboncoeur le sceptique, il affirme à Roy admettre l’illusion universelle : « La poésie fait partie de ce mensonge. Nous nous mentons transcendantalement. Cela nous protège contre la folie et le suicide. » Mais Vadeboncoeur l’indépendantiste n’a pas eu, avant la mort, la lucidité de ne plus opposer le Québec, qu’il voyait surtout dans l’abstrait, au peuple concret qui le forme.


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