Donner aux livres le «temps de vivre»

Une dizaine d’écrivains et illustrateurs se sont rassemblés mardi à l’ombre de la Grande Bibliothèque pour y livrer un vibrant plaidoyer en faveur d’un prix réglementé du livre.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Une dizaine d’écrivains et illustrateurs se sont rassemblés mardi à l’ombre de la Grande Bibliothèque pour y livrer un vibrant plaidoyer en faveur d’un prix réglementé du livre.

« Donner aux livres letemps de vivre tous leurs mots. » Lancé mardi matin par une poignée d’écrivains sur le Web dont Samuel Archibald et Lori Saint-Martin, le voeu a été repris en choeur par une dizaine d’autres écrivains et illustrateurs rassemblés à l’ombre de la Grande Bibliothèque pour y livrer un vibrant plaidoyer en faveur d’un prix réglementé du livre.

 

Lancé dans le froid mordant de novembre, le texte revendicateur s’inscrit plus largement dans le mouvement Sauvons les livres déjà porté sur la place publique par les libraires et les éditeurs. Il reprend essentiellement les mêmes arguments tout en mettant en garde le gouvernement Marois contre la tentation d’affaiblir la chaîne du livre dont les écrivains affirment dépendre.

 

Livré haut et fort au nom de l’Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ), le manifeste lu était quant à lui parsemé de trous, comme autant de symboles d’une littérature sacrifiée sur l’autel de la consommation.Sur le Web, les auteurs ont plutôt lu des vers troués tirés de Chanson d’automne de Paul Verlaine. Le poème avait déjà été repiqué et légèrement altéré par Radio Londres pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Derrière ces deux cris du coeur, une même crainte, celle de voir s’éteindre des voix indispensables à la vitalité de la culture québécoise, résume l’écrivain Martin Thibault. « De l’auteur au lecteur, il y a une grande chaîne qui doit être préservée. Sans elle, les ponts seront éventuellement coupés et ce sera la fin de la diversité littéraire au Québec. »

 

L’actuel poète de la cité a profité de cette tribune improvisée sur le parvis de la Grande Bibliothèque pour inviter le ministre de la Culture, Maka Kotto, à résister à la tentation de se soumettre aux pressions d’un marché « de plus en plus gourmand ». « J’aimerais bien croiser le ministre [Kotto] pour lui faire valoir la nécessité de protéger le lecteur dans son sens le plus large et pas seulement le lecteur consommateur dont il dit aussi se soucier. Le livre n’est pas un objet comme les autres. On ne consomme pas un livre comme on achète du savon à vaisselle. »

 

Écosystème fragile

 

Aux côtés de Martin Thibault, le poète Tristan Malavoy-Racine a pour sa part défendu la richesse d’une bibliodiversité sur laquelle s’appuie toute « société en santé ». Or, le marché du livre est un écosystème à l’équilibre fragile, a rappelé celui qui est aussi auteur-compositeur-interprète. Non seulement les Québécois doivent pouvoir compter sur des titres à fort potentiel de vente, mais aussi sur « toute une déclinaison de pépites de sens et de connaissance » essentiels « à la compréhension du monde », a insisté Tristan Malavoy-Racine, pour qui « chaque livre en moins »« est un pas de plus vers le silence ».

 

Si les rangs de la petite troupe (formée entre autres de Christiane Duchesne, Alain Deneault et Martine Audet) paraissaient plus clairsemés que ceux des éditeurs et des libraires les semaines précédentes, l’UNEQ assure que sa position n’en est pas moins « ferme » et « consensuelle ». « Plusieurs écrivains appuient le prix réglementé. Mais c’est un dossier exigeant qui demande du temps, si bien que le dossier a surtout été travaillé et porté par le conseil d’administration », a expliqué son directeur général, Francis Farley-Chevrier.

 

Comme les éditeurs et les libraires avant eux, les écrivains souhaitent limiter à 10 % les rabais consentis sur les nouveaux titres dans les neuf premiers mois suivant leur parution, a précisé M. Farley-Chevrier. « Notre souci, c’est vraiment la préservation de la bibliodiversité, qui est d’abord visible dans les librairies. Ce sont elles qui tiennent les auteurs moins connus, qui les recommandent et les font circuler. »

 

Interrogé mardi sur la progression et la persistance du mouvement Sauvons les livres, le cabinet du ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, n’a pas répondu aux interrogations du Devoir.

 

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