Trous noirs

François Lévesque signe ici son sixième roman.
Photo: François Pesant - Le Devoir François Lévesque signe ici son sixième roman.

François Lévesque, par ailleurs aussi journaliste au Devoir, en est déjà, avec Une maison de fumée, à son sixième roman, ce qui est en soi plutôt impressionnant pour un jeune trentenaire. Il raconte ici une histoire terrible plantée dans le même genre de terreau que ses livres précédents ; à Malacourt, près de Notaway, une ville située en région « éloignée », comme on dit, une petite fille s’est évaporée dans la nature… 30 ans tout juste après la disparition de deux fillettes, près d’une maison détruite le même soir par un incendiaire.

Cette disparition amènera le sergent Dominique Chartier du Service de police de la Ville de Montréal à prendre quelques jours de vacances pour se mêler aux recherches. Il retrouvera là un collègue de la Sûreté du Québec… et une foule de souvenirs surgis de son passé trouble. Bien vite, on apprendra que Chartier habitait la maison près de laquelle les deux premières disparitions sont survenues et qu’il a perdu sa mère ce soir-là dans l’incendie.

Façon film

On vous prévient : les 40 dernières pages du livre sont absolument hallucinantes. Elles font partie de ce qui s’est écrit de plus fort ici dans le genre et on ne pourra - vous verrez bien ! - qu’en sortir bouche bée, épaté, sonné, sans mot. Wow ! Mais le lecteur devra toutefois se montrer bienveillant pour arriver jusque-là, car si les méandres de l’intrigue arrivent constamment à nous surprendre, surtout quand tout nous éclate en plein visage, les personnages, eux, manquent de profondeur et, disons-le, de vérité.

Chartier, par exemple, nage dans l’improbable et l’inconsistant. On veut bien comprendre que c’est un être qui se cherche et dont le passé est rempli de trous noirs, mais il n’a rien d’un policier ou d’un enquêteur. Vivant une vie vide, pas même toute vouée à son métier, il semble flotter entre deux eaux en se laissant porter par ce qui se déroule devant lui. Sa présence sur les lieux de la disparition restera tout au long totalement injustifiée.

L’auteur décrit aussi méticuleusement la moindre nuance du paysage et plante chacune de ses scènes avec soin, comme s’il écrivait un scénario. Ce qui, bien sûr, braque encore plus les réflecteurs sur le décor… et en même temps sur le flou des personnages.

François Lévesque a tissé là une histoire étonnante qui vous jettera par terre, on l’a dit, en fin de parcours. Ne reste plus qu’à faire vivre la prochaine par des personnages un peu plus solides.