La vie de Fernand Daoust, militant syndicaliste total

Fernand Daoust (à droite) en compagnie de l’actuel dirigeant de la FTQ, Michel Arsenault, en 2009.
Photo: - Le Devoir Fernand Daoust (à droite) en compagnie de l’actuel dirigeant de la FTQ, Michel Arsenault, en 2009.

Après les scandales qui ont éclaboussé et éclabousse encore la FTQ, voilà qu’on peut redécouvrir, surpris, un syndicaliste exemplaire. Fernand Daoust l’a dirigée, comme secrétaire général, de 1969 à 1991, puis, comme président, jusqu’en 1993. Dans le tome I (1926-1964) de sa biographie, André Leclerc dépeint un homme « distingué » au « vocabulaire châtié, sans juron ni mot vulgaire ». Il révèle pourtant que Daoust est issu d’une famille monoparentale et pauvre…

 

Syndicaliste lui-même, Leclerc souligne que Fernand Daoust, né à Montréal en 1926, puis élevé près du centre-ville, se fait, dès 1950, le promoteur du français comme langue de travail. Pas étonnant que, plus tard, le dirigeant de la FTQ, la plus importante fédération syndicale du Québec, devienne le principal défenseur de l’autonomie de l’organisme au sein du Congrès du travail du Canada.

 

Mais, pour lui, l’apprentissage de la vie n’a pas été facile. Un jour, dans le tramway, il dit à un ami : « Regarde l’homme là-bas, c’est mon père. » À son interlocuteur qui demande pourquoi il ne va pas lui parler, il répond : « On ne se connaît pas… » Le père a déserté le foyer lorsque Fernand avait moins d’un an, laissant sa femme subvenir aux besoins des enfants.

 

Rêves syndicaux

 

L’adolescent se distingue de son milieu peu scolarisé. Il entre à l’École du Plateau, établissement secondaire public qui permet d’accéder, dans certains champs d’études, à l’Université de Montréal, sans devoir d’abord fréquenter les collèges classiques où la formation coûte cher.

 

Diplômé en relations industrielles, Daoust est en présence, dans le Québec de 1950, de deux syndicalismes : d’abord celui, minoritaire, de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (la future CSN), encore sous l’influence du clergé et souvent caractérisée par le métier que chacune des associations représente ; ensuite celui, majoritaire, des associations laïques nord-américaines au service de divers secteurs industriels indépendamment des métiers exercés. Il choisit le second, plus moderne.

 

Séduit par l’humanisme des réformes socio-économiques du président américain Franklin D. Roosevelt et par le Congress of Industrial Organisations (CIO), fédération syndicale qui, aux États-Unis, a découlé, en 1935, d’un esprit semblable, Daoust travaille à Montréal dans un organisme canadien qui s’inspire du CIO. Analyste rigoureux de cette évolution du syndicalisme à travers la vie du militant, André Leclerc est aussi un conteur savoureux.

 

Grâce à lui, on apprend que la plus folle audace vient de marginaux et qu’elle n’est pas toujours vouée à l’échec. Le célèbre lutteur Johnny Rougeau veut fonder un syndicat dans l’entreprise très antisyndicale où il travaille : Coca-Cola ! Daoust n’en croit pas ses oreilles, mais ça se réalisera, comme le propre rêve du syndicaliste d’associer la lutte des travailleurs à la marche vers l’émancipation du Québec.

 


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