La Pastèque: 15 ans de bédé hors des cases

Les géniteurs de La Pastèque, Frédéric Gauthier et Martin Brault
Photo: Illustration Pascal Blanchet Les géniteurs de La Pastèque, Frédéric Gauthier et Martin Brault

L’histoire a été racontée mardi dernier par Frédéric Gauthier, éditeur de La Pastèque, au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) où a pris son envol une exposition consacrée aux 15 ans de sa maison. Quinze bédéistes y «rencontrent», jusqu’en mars prochain, quinze oeuvres de la collection permanente.

En novembre 2010, l'homme a, de son propre chef, envoyé un courriel à Nathalie Blondil, directrice de l'institution muséale pour lui suggérer d'organiser rien de moins qu'une exposition afin de souligner l'anniversaire de sa jeune maison d'édition. «C'était un peu fou, a-t-il résumé en rappelant la chose, courriel imprimé en main. Mais si on ne l'avait pas fait, on ne serait pas là pour en parler aujourd'hui.»

Audace, culot et idées neuves. Les fondements de cette exposition ne pouvaient être différents pour célébrer une maison d’édition qui, depuis son apparition en 1998, a fortement changé les contours de la bande dessinée québécoise. Cela, elle l’a réussi en misant sur la diversité culturelle du Québec, source de créativité, selon elle, en définissant la mondialisation au lieu de la subir, mais également en luttant férocement contre le repli sur soi et le défaitisme qui, à la fin du siècle dernier, empêchait le monde des bulles au Québec de pétiller, comme aujourd’hui.

 

Les racines

 

Dans La Pastèque, 15 ans d’édition, bouquin hommage qui fait office de catalogue d’expo au MBAM, les géniteurs de la maison, Frédéric Gauthier et Martin Brault, se souviennent du moment où le germe de leur projet a été semé. Tous deux bossaient à La Mouette rieuse, une librairie spécialisée en bande dessinée rue Saint-Denis - envolée depuis -, où les titres audacieux en provenance de jeunes maisons d’édition européennes, comme L’Association, et les oeuvres éclatées de Pascal Rabaté, de Lewis Trondheim, de Frederik Peeters et de Marjane Satrapi faisaient le bonheur des clients et des deux jeunes libraires qu’ils étaient.

 

À l’extérieur, le monde de la bédé au Québec ne cessait alors de se plaindre du manque de marché pour les oeuvres confidentielles qu’il produisait. On parlait d’un manque d’éditeurs sérieux, de la suprématie des oeuvres franco-européennes et américaines, le tout dans un environnement geignard qui, pour Gauthier et Brault, ne pouvait être une fatalité.

 

Diversité ou ouverture

 

La publication de Spoutnik 1, un collectif d’auteurs émergents d’ici côtoyant pour la première fois des talents émergents d’ailleurs, allait donner le ton. On est en décembre 1998. Guy Delisle, qui commence à séduire un éditeur européen avec sa Réflexion (L’Association), y dévoile sa poésie graphique, aux côtés de Leif Tande (un des secrets les mieux gardés de la bédé québécoise), Jimmy Beaulieu, mais également de l’Ontarien Seth et de l’Arkansassais Brian Biggs. « L’idée était de stimuler une nouvelle génération d’auteurs, de leur donner un nouveau véhicule de diffusion », résume M. Gauthier, qui défend toujours l’idée qu’un corpus national ne perd pas son identité en s’ouvrant sur le monde.

 

Ce véhicule, en 15 ans, aura fait naître Philippe Girard, Isabelle Arsenault, Michel Rabagliati et son désormais iconique personnage Paul. Il aura livré en français - une première - le monde de l’Espagnol Fermin Solis, du Néerlandais Eric de Graaf, de l’Argentin Liniers, et amené ici la délicatesse de la Française Violaine Leroy. Il aura également ramené au bon souvenir du présent les Red Ketchup et Michel Risque, loufoques personnages issus de Croc et des années 1970. Et ce, encore et toujours, avec cette effronterie devenue un incroyable moteur de création, que l’on ne s’étonne pas de trouver chez un adolescent de 15 ans.

À voir en vidéo