Richard Ford, prix Femina étranger

« C’est un grand honneur et une grande surprise, a dit Richard Ford. C’est un prix prestigieux en Amérique et qui compte beaucoup pour moi. » Comme l’homme a l’habitude d’être d’une totale franchise dans les entretiens qu’il accorde, on peut penser qu’il dit vrai.

Richard Ford est né à Jackson, au Mississippi, en 1944. Auteur d’Une saison ardente (1991), d’Un week-end dans le Michigan (1999) et de L’état des lieux (2008, tous publiés à l’Olivier), il a reçu le prix Pulitzer en 1996 pour Indépendance.

J’ai déjà salué en ces pages la force évocatrice de ce Canada, à la fois récit initiatique convaincant et chronique d’un pays, les États-Unis, aux prises avec la violence.

Le roman est celui de Dell, un adolescent que la bêtise de son père plonge dans la pire des désolations. Ce dernier, raté jusqu’à la moelle, avait imaginé commettre un vol de banque. L’aventure rocambolesque se termine de façon tragique. Reste l’adolescent qui sera pris en charge par un tuteur pour le moins inquiétant, réfugié en Saskatchewan à la suite d’une affaire louche. Ce lieu du monde, Ford le décrit comme une contrée ennuyeuse, sécuritaire, qu’il oppose aux États-Unis aux prises avec toutes les violences. Dans les dernières pages du roman, le lecteur apprendra que Dell est devenu professeur d’université et qu’il n’aura point de cesse qu’il n’ait démontré à ses jeunes étudiants qu’ils doivent se projeter hors d’eux-mêmes et regarder plus loin que leur nombril. Il a maintenant 70 ans et sait qu’il ne sert à rien de geindre, qu’il faut au contraire vaincre les défis. Même si cela paraît inutile.

C’est la beauté de ce roman qui oppose sans concession la naïveté et la résignation contenue d’un adolescent à la brutalité du monde.

En septembre, je disais qu’il fallait lire et même relire ce roman. Je n’ai pas changé d’idée.


Avec l’Agence France-Presse

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