Les librairies indépendantes serrent les rangs

Vendredi, des libraires québécois indépendants ou scolaires ont recouvert une partie de leurs présentoirs et vitrines d’un linceul blanc, afin de démontrer ce qu’il restera des librairies, selon eux, si le gouvernement n’agit pas sur le prix des livres.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Vendredi, des libraires québécois indépendants ou scolaires ont recouvert une partie de leurs présentoirs et vitrines d’un linceul blanc, afin de démontrer ce qu’il restera des librairies, selon eux, si le gouvernement n’agit pas sur le prix des livres.

Le gouvernement Marois campe-t-il du côté des multinationales du livre ou bien du côté de la richesse culturelle qu’il prétend défendre ? C’est la question posée vendredi par une soixantaine de librairies indépendantes, qui pressent le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, de réglementer le prix des livres papier et numériques.

 

Drapés de blanc, ce sont des pans entiers des rayons de la Librairie Paulines, rue Masson, à Montréal, qui se dérobaient vendredi aux yeux des bouquineurs. Sous le linceul improvisé, « des centaines de titres voués à disparaître si le gouvernement tarde trop à agir » pour préserver le fragile équilibre du milieu du livre, a expliqué la directrice Jeanne Lemire, en donnant le coup d’envoi de ce mouvement de protestation baptisé Sauvons les livres, qui s’étend de Rouyn à Gaspé.

 

Le sentiment d’urgence est d’autant plus vif parmi les librairies que le milieu du livre, majoritairement pour un prix réglementé, a accusé deux coups importants cette semaine. Outre la décision des auteures Marie Laberge et Arlette Cousture de vendre leurs écrits en format numérique directement sur leur site Web, une motion a été en effet déposée jeudi par la Coalition avenir Québec afin de fermer la porte à un prix réglementé du livre, et ce, même pour les neuf premiers mois.

 

Si Québec solidaire (QS) s’est clairement opposé à cette motion, libéraux comme péquistes sont restés bien silencieux, rappelle la porte-parole de QS, Françoise David. « Franchement, je sens le gouvernement très hésitant sur cette question. […] Le Parti libéral ne semble pas encore avoir fait totalement son nid et le gouvernement non plus, ce que je trouve encore plus triste. »

 

La députée de Gouin est pourtant convaincue qu’un prix réglementé du livre, sans régler toute la problématique relative à la diffusion du livre, au numérique et à la survie des librairies, reste un levier essentiel. « Si on tue les librairies, ne vont rester que les gros joueurs, qui ne vont pas se gêner pour fixer les prix. On l’a vu en Grande-Bretagne. Le monopole, ça tue le livre, ça tue la diversité littéraire. Il n’y a rien de bon là pour le Québec. »

 

À titre comparatif, une librairie indépendante tient en moyenne entre 20 000 et 50 000 titres, les grandes surfaces, entre 200 et 300 seulement. « Or, ces magasins entrepôts enlèvent aux libraires la vente des quelques titres [plus populaires] qui leur permettent de tenir les quelques dizaines de milliers autres », illustre Yvon Lachance, copropriétaire de la Librairie Olivieri.

 

Un contrecoup qui a déjà eu raison de plusieurs librairies, rappelle M. Lachance. « Le fait que depuis 2006, 31 librairies indépendantes ont fermé leurs portes, dont 24 depuis 2010, montre à quel point la situation est précaire. Ce qui est plus inquiétant encore, c’est que depuis 2010, seules quatre nouvelles librairies ont ouvert leurs portes. Les libraires sont épuisés. »

 

Épuisés, mais pas éteints pour autant, assure Philippe Sarrasin, de Librairie de Verdun. « Je n’aime pas le ton misérabiliste qu’on nous prête. […] Nous n’avons pas les bras baissés, nous sommes dynamiques, actifs. » Profitant de la tribune offerte, M. Sarrasin s’est attaqué au mythe voulant que les soldes ne soient l’affaire que des gros joueurs. « C’est faux, il y a plein de livres en solde dans nos librairies. Et même des livres à prix très réduits. J’en ai chez moi à 1 $. »

 

De son côté, le copropriétaire du Port de tête, Éric Blackburn, a décoché quelques flèches en direction du gouvernement Marois, soulignant son inaction dans ce dossier. « Je me demande même si le PQ est encore conscient de sa propre histoire. Depuis sa création, il place les questions identitaires au centre de tous ses mandats. […] En négligeant de prendre une décision aussi fondamentale en matière d’économie culturelle, j’estime que le PQ va contre sa propre nature. »

 

Une lecture que partage Mme David. « Je ne peux m’empêcher de dire au gouvernement : les Costco et Walmart de ce monde, ce ne sont pas leurs p.-d.g. qui vont voter pour vous. Cessez de vous préoccuper de l’opinion des multinationales, il y a toute une collectivité du livre et des amoureux du livre qui comptent sur vous. Agissez ! »

2 commentaires
  • Jean-Marc Garneau - Inscrit 2 novembre 2013 08 h 57

    À tord ou à raison, une loi sur le prix dex livres ne règlera rien, les jeunes se dirigent massivement sur le numérique,dernièrement j'étais a la bibiothèque nationale, trois jeunes filles d'environ 13 ans m'adresse la parole pour me demander,qu'est que c'est que des magasines?(la maitresse nous a demandé de faire notre recherche dans des magasines)elles étaient sur internet à trouver l'impasse!

  • Alexandre Rainville - Inscrit 2 novembre 2013 17 h 39

    À raison

    La part du numérique dans le monde du livre avoisine les 4 %. La législation souhaitée par le milieu du livre n'est peut-être pas la seule solution face à tous les défis qu'aura à relever le monde du livre mais, comme le dit bien madame David.