France - Décès de Gérard de Villiers, le père de SAS

L’écrivain Gérard de Villiers
Photo: Agence France-Presse (photo) François Guillot L’écrivain Gérard de Villiers

Paris – Phénomène de l’édition française, l’écrivain Gérard de Villiers est décédé jeudi à Paris à 83 ans alors qu’il venait tout juste de publier son 200e SAS, célèbre série de sulfureux romans d’espionnage écoulés à des dizaines de millions d’exemplaires.

 

« Le prince Malko Linge est orphelin : l’écrivain Gérard de Villiers est décédé [jeudi] à Paris à 83 ans des suites d’une longue maladie », a annoncé vendredi sur Twitter son avocat, Éric Morain.

 

« C’est exactement la mort qu’il ne voulait pas », a déclaré à l’AFP son épouse, Christine de Villiers, précisant qu’« en mai, on lui avait diagnostiqué un cancer du pancréas avec des métastases au foie ».

 

La vengeance du Kremlin, le dernier tome des aventures de Son Altesse Sérénissime (SAS), le prince Malko Linge, aristocrate autrichien désargenté et agent contractuel de la CIA, était paru début octobre.

 

Début février, le New York Times avait consacré Gérard de Villiers comme « l’auteur de romans d’espionnage qui en savait trop ». L’écrivain baroudeur venait alors de passer dix jours en Afghanistan. Diminué physiquement par un très grave accident cardiaque en décembre 2010, il n’avait pas hésité à s’y rendre avec un déambulateur.

 

« Conteur d’histoires pour adultes », cet ex-journaliste, qui a arpenté quelque 130 pays pour y situer ses romans, était aussi un « passeur d’informations ».« Les services ont maintes fois utilisé des SAS pour faire passer des messages à leurs homologues », a révélé Me Morain, ami et avocat de l’écrivain depuis 15 ans.

 

« Je suis en permanence mes dossiers (Afghanistan, Syrie, etc.) avant de partir, expliquait Gérard de Villiers. Sur place, je rencontre des journalistes, dont ceux de l’AFP, des diplomates, des gens des services que je connais pour certains depuis 20 ou 30 ans.»

 

Du coup, nombre de ses SAS sont prémonitoires : ainsi, en 1980, il mettait en scène l’assassinat du président égyptien Anouar El-Sadate dans Le complot du Caire, un an avant l’attentat. Dans Les fous de Benghazi, il avait été le premier à révéler l’existence d’un centre de commandement secret de la CIA dans cette ville, berceau de la révolte libyenne.

 

« Je ne suis pas devin, se défendait Gérard de Villiers, je fais simplement des hypothèses à partir de pays que je connais bien et, de temps en temps, certaines de mes hypothèses se réalisent. »

 

Avec quatre SAS publiés par an, il assurait ignorer le nombre exact de livres vendus depuis 1965 et la publication de SAS à Istanbul, le premier de la série, il y a près d’un demi-siècle : « Sans doute entre 120 et 150 millions tous pays confondus », avançait cet auteur à succès méprisé des critiques littéraires.

 

Pour l’écrivain Christophe Ono-dit-Biot, Grand Prix du roman de l’Académie française 2013, « la pop culture française perd un de ses représentants ». « Je crois que c’est une mythologie française d’une autre époque », a-t-il ajouté, qualifiant les SAS de « littérature de très mauvais goût mais marquante » que l’on retrouve à coup sûr « dans tous les foyers français ».

 

À chaque livre, la même recette : une grande dose de géopolitique et d’exotisme, du sexe, un zeste de violences et de tortures, avec en couverture la photo d’une jeune femme à la poitrine avantageuse, portant un pistolet ou un fusil d’assaut.

 

« Je n’ai jamais eu la prétention d’être un auteur littéraire », expliquait Gérard de Villiers, qui disait écrire « pour distraire des gens ».

 

Après ses voyages, il s’installait pour un mois derrière sa machine à écrire datant de 1976 dans son bureau décoré de fusils d’assaut AK-47 et de photos érotiques ou de lui-même posant avec des seigneurs de guerre africains.

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