Les années Croc

Assemblée en moins d’un an, la biographie Les années Croc est riche en planches, en cases, et en photos d’époque des années d’existence du magazine.
Photo: Les années Croc Assemblée en moins d’un an, la biographie Les années Croc est riche en planches, en cases, et en photos d’époque des années d’existence du magazine.

Décoller le nez de l’instant pour regarder en arrière, et le souffle arrive d’un coup sec, prêt à décoiffer une p’tite madame de Drummondville. Avec la distance, le constat est époustouflant : les personnages Jerôme Bigras, Michel Risque et Red Ketchup y sont nés. Les plumes de Gaboury, de Réal Godbout, de Michel Rabagliati, de Jean-Paul Eid, de Jacques Goldstyn, de Lucie Faniel, de Remy Simard, d’Hélène Fleury et même de Garnotte - oui, le gars qui signe les caricatures dans Le Devoir - ont tracé là leurs premiers contours. Où ça ? Dans les pages du défunt magazine Croc qui, près de 20 ans après sa disparition - c’était en 1995 -, a décidé de rappeler sa densité comique, dessinée et illustrative passée au bon souvenir du présent. Sans autre raison apparente.

 

L’exercice de mémoire, intitulé Les années Croc (Québec Amérique), est une brique de 512 pages. Il a été piloté par l’historien de la bédé Michel Viau et le chroniqueur bédé du Journal de Montréal Jean-Dominique Leduc. « Ce livre apparaît sans raison précise, avoue à l’autre bout du fil Michel Viau. Je voulais simplement faire connaître cette période, cette aventure qui a posé les bases d’une industrie [de la bande dessinée, de l’illustration, de l’humour même] importante qui, il me semble, mérite d’être rappelée aujourd’hui. Savoir d’où l’on vient, dit l’adage, aide souvent à savoir où l’on s’en va. »

 

Une école de bande dessinée

 

Cette quête d’origine conduit donc en 1979, date où cet espace éditorial s’est ouvert sur son monde franchement décalé pour faire glousser des ados mâles et boutonneux - et faire soupirer quelques parents affligés par tant de sarcasme, d’irrespect et de bonhommes pas toujours très fréquentables. Jacques Hurtubise - l’homme par qui le gentil « fléau » est arrivé - a alors la jeunesse caustique devant lui, mais également L’Hydrocéphale illustré derrière, journal qui avait posé les bases de l’impertinence qui allait faire les beaux jours de Croc, jusqu’en 1995.

 

« Il y a dans ce magazine une petite pierre de l’histoire de la bande dessinée au Québec. C’était la première véritable revue professionnelle de bédé dans laquelle les gens étaient payés pour présenter des créations personnelles », dit M. Viau, qui offre ici, avec Leduc, une biographie plus qu’exhaustive, riche en planches, en cases, en photos d’époque et en entrevues, le tout assemblé, assure-t-il, en moins d’un an et après avoir redévoré l’ensemble des magazines publiés pendant 16 ans d’existence. On y retrouve les classiques qui ont survécu, mais également des pièces amusantes comme la série « Que sont-ils devenus ? » de Pierre Huet, « Red Chaussé dans le complot » de Patrick Moerell, premier long feuilleton de Croc, tout comme des rencontres loufoques avec Pierre Marc Johnson ou Robert Bourassa, que Croc aimait bien chahuter. Quelque part dans ces pages se cache également une planche savoureuse imaginée par Michel Rabagliati et Jean-Paul Eid expliquant l’art du french kiss. Entre autres fragments venant de loin.

 

Des fragments qui, dans l’accumulation, ont tout finalement pour mettre en perspective le chemin parcouru, en murmurant une bonne dose d’absurde dans l’oreille du présent, comme pour mieux l’aider à se décrisper.

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