Fred Pellerin, à un poil de la réalité

Après avoir colporté son bagou et ses personnages disjonctés sur les planches de la France et du Québec, Fred Pellerin ramène sa folie dans le livre-CD Depeigne et de misère, cette fois sagement couchée sur papier.

 

Pour le bonheur de ceux qui boivent ses mots tordus, Pellerin se livre ici à un exercice de contorsion : figer, l’espace d’un moment, le conte, cette forme par nature rebelle qui aime cavaler hors du récit, à coup d’apartés et d’improvisations. « Pour moi, écrire est un exercice difficile, mais je me l’impose. Ce n’est pas une version officielle, car il n’y a jamais de version officielle d’un conte. C’est un instantané de ce qu’était De peigne et de misère en juin, lors de l’enregistrement », lance Pellerin.

 

Comme la chanson, le conte est l’affaire de celui qui l’entonne, et l’oralité carbure à cette capacité de se réinventer. Pour la postérité, les mots de Pellerin sont ici cristallisés pour un portrait de famille à glisser dans les rayons.

 

L’amateur de la langue pellerinesque y renoue avec Solange, religieuse mielleuse à la capillarité unique, Méo, confesseur imbibé et décoiffant, ainsi que la prolifique parturiente Madame Gélinas. Plus sage qu’en chair et en os, le mot y est passé à la meule, offrant un autre regard sur la verve de Pellerin.

 

« La contrainte de l’écriture me permet des échappées que je ne peux faire sur scène et donne au conte une longue espérance de vie », dit le prolixe auteur, qui en est à son septième livre-CD.

 

Bête de scène, phénomène littéraire, Pellerin a vendu jusqu’ici plus de 250 000 livres de contes tirés de ses spectacles, depuis Dans mon village, il y a belle Lurette… en 2001.

 

Avec tout le battage médiatique qu’il suscite en France, Fred le conteur donne l’impression de passer plus de temps dans l’Hexagone qu’au Québec. C’est faux, pourtant. Avec 50 représentations prévues cette année en France, Pellerin passe désormais plus de temps au Québec, où il a plus d’un fer au feu. Notamment un projet de film mené avec Francis Leclerc, inspiré de Pieds nus dans l’aube, oeuvre de son père Félix. Pellerin sera de retour sur la scène de la Place des Arts avec le maestro Nagano quatre soirs en décembre pour livrer un deuxième conte symphonique, tricoté cette fois autour d’un autre personnage de La belle Lurette. En librairie le 5 novembre.