Virage numérique : l’Union des écrivains et Arlette Cousture réagissent

La décision de Marie Laberge - en vertu d’une entente avec Apple pour la vente de ses 10 premiers romans - et d’Arlette Cousture de diffuser leurs oeuvres sur Internet a secoué une partie du milieu du livre.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La décision de Marie Laberge - en vertu d’une entente avec Apple pour la vente de ses 10 premiers romans - et d’Arlette Cousture de diffuser leurs oeuvres sur Internet a secoué une partie du milieu du livre.

Le virage numérique des auteures Marie Laberge et Arlette Cousture ouvre une brèche dans un univers non balisé. Sans juger le geste de ses membres, l’Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ) en profite plutôt pour relancer un de ses chevaux de bataille : la négociation d’une entente-cadre entre auteurs et éditeurs.

 

« Il y a un vide juridique en ce qui concerne le numérique dans la loi 51 qui porte sur le livre, explique Suzanne Aubry, auteure et porte-parole de l’UNEQ. C’est la jungle à l’heure actuelle, il n’y a aucune réglementation sinon les contrats individuels que les écrivains peuvent négocier avec les éditeurs. Alors on serait mal placé à l’UNEQ pour blâmer nos membres de prendre leurs affaires en main, c’est leur décision. »

 

L’UNEQ en profite donc pour réclamer une entente-cadre entre auteurs et éditeurs, comme elle le fait depuis 20 ans. « Il serait peut-être temps qu’on se mette à table », dit Mme Aubry.

 

Si les éditeurs prennent le train de la numérisation depuis environ cinq ans, en numérisant de « plus en plus » les nouveautés papier, surtout en fiction, ils le font « quand ils en ont les droits », indique de son côté le directeur général de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), Richard Prieur. En rouvrant les contrats avec les auteurs, ceux-ci décident parfois de garder leurs droits sur l’édition numérique de leurs ouvrages, comme l’a fait Marie Laberge pour ses romans.

 

« C’est la loi de l’offre et de la demande, note M. Prieur en citant d’autres auteurs de renom qui ont tenté le jeu numérique, comme Stephen King. Quand ils négocient, le papier est une chose, le numérique en est une autre. »

 

La décision de Marie Laberge - en vertu d’une entente avec Apple pour la vente de ses 10 premiers romans - et d’Arlette Cousture de diffuser leurs oeuvres sur Internet a secoué une partie du milieu du livre. Les librairies sont en colère et les bibliothèques publiques signalent qu’il leur devient impossible de prêter leurs oeuvres à leurs usagers pour des questions techniques et pour respecter l’esprit de la loi sur le livre.

 

L’UNEQ essaie de ménager la chèvre et le chou. « Poser ce geste, ça leur appartient », affirme Mme Aubry qui tient en même temps à réaffirmer le soutien de l’UNEQ au prix réglementé du livre - papier et numérique. Or, cette politique, actuellement à l’étude à Québec, vise à protéger les librairies et, par la bande, les autres maillons de la chaîne du livre (éditeurs, distributeurs) dont Mmes Laberge et Cousture court-circuitent le travail en décidant de vendre leurs oeuvres directement en ligne, comme le permet naturellement l’univers du Web.

 

Contrôler ses revenus

 

Arlette Cousture se défend d’avoir « repris ses droits sur ses livres » et de priver qui que ce soit de ses oeuvres. Au contraire, en vendant directement sur son site Web Pourquoi les enfants courent-ils toujours après les pigeons ?, elle souhaitait « se sentir encore plus proche de ses lecteurs » et « essayer une nouvelle approche », confie-t-elle au Devoir, puisqu’elle se lançait pour la première fois dans l’écriture de nouvelles, genre moins connu au Québec.

 

L’auteure à succès se désole du tollé provoqué par son geste, qui visait aussi à « avoir un meilleur contrôle de [s]es revenus, reconnaît-elle. C’est notoire qu’on reçoit 10 % [de la vente des livres] et ça peut monter un peu si on vend beaucoup, mais on n’accote pas les 25 % ou 40 % [que touchent les éditeurs et libraires]. Connaissez-vous beaucoup de gens qui vont travailler pendant sept ans, sans être payés ? On vit toujours sur des cordes comme ça. »

 

Approche miroir

 

Pour respecter l’esprit de la Loi du livre, les acteurs du milieu ont convenu tacitement en 2011 d’appliquer le modèle qui prévaut en édition papier au numérique. L’approche miroir est-elle la bonne, alors que les outils technologiques renversent les rapports de force au profit des usagers ?

 

« C’est une solution de compromis, une façon d’avancer là, maintenant, indique Jean-François Cusson, chargé de projet de Pretnumerique.ca. C’est une bonne solution dans le sens que ça implique l’ensemble de l’industrie. Mais c’est un modèle qui devra être en constante évolution. »

 

Marie Laberge ne donne pas d’entrevue sur le sujet, pour l’instant.

9 commentaires
  • André Fournier - Inscrit 30 octobre 2013 09 h 06

    Livres numériques

    Il faut faire attention lors de l'achat de livres numériques. Contrairement à l'achat d'un "vrai" livre, l'acheteur du livre numérique n'achète pas "vraiment" le livre mais uniquement le droit de lire le livre. Il ne peut pas le partager, l'envoyer , le prêter, etc., car le livre est verrouillé. Les maisons d'édition qui contrôlent la vente de livres numériques nous volent en fait puisque pour la plupart du temps, ces livres se vendent très chers, souvent presqu'au même prix que le livre "réel"!

    • Gil France Leduc - Inscrite 30 octobre 2013 11 h 17

      Il est faux de dire que le livre numérique ne peut être partagé ou prêter. Tout dépend de la « protection » que l'éditeur a appliquée au fichier (DRM.) Au Québec, la plupart des éditeurs vendent leurs livres numériques sans DRM (mais souvent avec un « tatouage numérique. ») Il faut seulement se renseigner avant d'acheter.

      Quant au fait que les livres numériques se vendent presque aussi cher que les livres papier, c'est un fait. Ils sont quand même moins chers. Le problème tient entre autres à la frilosité du milieu du livre qui n'a pas voulu froisser personne de la chaîne traditionnelle du livre. Contrairement à ce que Jean-François Cusson avance, le modèle qui a été adopté au Québec sera sûrement là pour durer. Les éditeurs ont manqué une occasion de rompre la chaîne. Mais ne voulant pas se mettre à dos les habituels intervenants du livre papier, ils ont choisi cette voie de préserver le nombre de maillons dans la chaîne numérique, ce qui donne des prix un peu plus élevés. C'est ainsi que le numérique devient un complément à l'offre papier et non une nouvelle façon de faire. Dommage, à mon avis.

    • Guillaume Houle - Inscrit 31 octobre 2013 08 h 57

      @M. Fournier,

      Avez-vous une étude qui prouve vos dires?

      Avez-vous analysé la structure de coûts qu'engendre le travail autour du livre?

      Avez-vous analysé les prix de l'ensemble des titres de l'ensemble des éditeurs?

      Je vous propose d'autres conclusions similaires :

      1. Je connais un ingénieur associé au crime organisé de la construction, donc tous les ingénieurs sont associés au crime organisé de la construction.

      2. Je connais un pirate informatique, donc tous les informaticiens sont des pirates.

      3. Je connais un citoyen qui fraude, donc tous les citoyens sont des fraudeurs.

      Est-ce que les trois affirmations ci-haut s'appliquent vraiment?

      Non!

      Votre affirmation disant que les éditeurs vendent presque tout le temps leur livres presqu'au même prix que le livre réel est basé sur une observation partielle, subjective et dénuée de documentation et de faits impartiaux.

      Merci de vous documenter avant d'utiliser des perceptions partielles et peu renseignées comme des faits.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 30 octobre 2013 09 h 45

    Le choix entre 10% et 90%

    Les auteurs de renom très bien positionnés grâce à leur énorme renommée dans Google, car le référencement constitue désormais la meilleure intermédiation en remplacement des diffuseurs-distributeurs ou libraires en ligne, ont désormais le choix de vendre leurs livres numériques à bien meilleur prix directement de leur site Web dynamique auprès de leur lectorat tout en conservant la marge entière de tous leurs droits d'exploitation. Seuls les services techniques d'un bon prestataire en édition numérique leur reste encore essentiel. Ils ont intérêt à bien s'entourer et d'être conseillé judicieusement, au lieu de se jeter dans les bras de pieuvre de iBook.

    Il est beaucoup plus intéressant pour eux de toucher en toute autonomie 90 % sur un ePub vendu 5 $ en ligne que 10 % sur un livre papier vendu 25 $ en librairie. Ainsi le pacte avec le lecteur est renouvelé et consolidé, et à un prix aussi raisonnable et abordable, le ePub n'a besoin d'aucune protection particulière, les verrous ou tatouages numériques sont inutiles, superflus et contre-productifs sur le plan marketing, ils sont très faciles à faire sauter de toute manière.

    • Guillaume Houle - Inscrit 31 octobre 2013 08 h 59

      Techniquement, c'est ça... jusqu'à ce que les médias finissent par les oublier et qu'ils sombrent dans l'oubli.

      Être un artiste sans équipe, c'est un entrepreneur solitaire à qui l'on souhaite bonne chance...

  • Daniel Gagnon - Abonné 30 octobre 2013 16 h 24

    Oyez! Oyez!...

    Eh! croit-on donc que les écrivains et écrivaines roulent sur l'or?

    La masse des écrivains et des poètes vit dans l'ombre et la nuit est longue et incognito, la terre tourne et tourne bien des fois avant qu'on nomme une poète à l’école, qu'on rémunère un écrivain comme il se doit...

    Nous, les écrivains et écrivaines, nous n'écrivons pas tous les « cinquante nuances » ou ces gros pavés machins imbuvables qui empoisonnent la toile masturbante ou les rayons commerciaux des grandes chaînes du livre.

    Mais nous estimons avoir droit à notre place au soleil avec nos romances et nos visions, surtout qu'elles sont d'ici, surtout que nos histoires et nos poèmes parlent de nous et de notre âme, de notre vie, de notre survie même, de notre souffle intime.

    C'est la raison pour laquelle nous devons être solidaires.

    • Peter Kavanagh - Inscrit 30 octobre 2013 18 h 59

      Et votre point est???? Quand on décide de vivre de son art, il faut s'assumer et comprendre que ça ne plaira peut-etre pas a tout le monde et que, consequemment, les ''fins de mois'' vont s'en ressentir. Quand on crache, comme vous le faites, sur ceux qui écrivent '' ces gros pavés machins imbuvables'' mais qui, malgré tout, vivent bien de leur art, dites vous bien qu'ils ont compris ce que les gens veulent lire.

  • Vincent Collard - Abonné 31 octobre 2013 00 h 06

    «Ils ont compris ce que les gens veulent lire...»

    ... comme d'autres (Tim Hortons, McDo ou Kraft) ont compris ce que les gens veulent manger. Mais ceux qui mangent ça n'ont pas encore compris que ça les rend malades...

  • Mariette Beaudoin - Inscrite 31 octobre 2013 02 h 19

    Bryan Perro a dit que pour un livre numérique, il vend 300 livres format papier. Je me demande par contre si la tendance sera la même d'ici quelques années. Je pense que les auteurs devraient privilégier les deux façons. Mais Arlette Cousture a déclaré qu'elle faisait encore affaire avec Libre Expression. Je pense que le livre papier ne disparaîtra pas.