Astérix et Obélix tombent à Pictes

Astérix chez les Pictes décrit le voyage du petit guerrier et de son fidèle compagnon tailleur de menhirs, Obélix, en Écosse où s’affrontent clans écossais et, bien sûr, les incontournables Romains.
Photo: Les éditions Albert René Astérix chez les Pictes décrit le voyage du petit guerrier et de son fidèle compagnon tailleur de menhirs, Obélix, en Écosse où s’affrontent clans écossais et, bien sûr, les incontournables Romains.

Si ça fonctionne pour le beaujolais nouveau, pourquoi ne pas appliquer la même recette commerciale à une bande dessinée, qui met en vedette, par surcroît, un Gaulois gaillard.

 

Dans une opération commerciale sans précédent, les éditions Albert René ont dévoilé jeudi à la face du monde, le même jour pour tout le monde, les nouvelles aventures d’Astérix qui, dans un 35e album, se frotte désormais au monde des Pictes, les Écossais, quoi. Un événement savamment calculé qui bien sûr vise, à l’image de la piquette primeur qui apparaît dans les verres tous les troisièmes jeudis de novembre, à concentrer les regards sur un produit finalement sans grand intérêt, en espérant que personne ne se rende compte de la supercherie.

 

Cet Astérix chez les Pictes vient certainement donner corps à la stratégie, en limitant toutefois les dégâts avec un récit qui certes ne passera pas à l’histoire, mais évite les affreuses dérives, incohérences et horreurs narratives injectées dans cet univers par Albert Uderzo depuis Le grand fossé (1980), dernière aventure scénarisée par René Goscinny, colonne vertébrale de cette série dessinée, mort subitement en 1977 à 51 ans. Deux titres donnent d’ailleurs encore des frissons : La rose et le glaive (1981) et Le ciel lui tombe sur la tête (2005).

 

Les craintes sont donc légitimes, mais le pire ne se produit toutefois pas ici, en partie grâce à l’absence d’Uderzo qui, pour des raisons mécaniques - des mains qui font mal quand il dessine -, a décidé de passer le flambeau à Didier Conrad pour mettre en image les aventures de son célèbre Gaulois. Jean-Yves Ferri assure la maintenance du scénario de cet album, le premier d’une longue série à venir, espère l’éditeur, à ne plus être sous les plumes des géniteurs d’Astérix et sa constellation de joyeux compagnons.

 

Visuellement, la transition, la transmission, est à peine perceptible, avec une grille graphique respectée à la lettre. Le scénario, lui, fait souffler un filet de vent d’espoir sur la riante Armorique en renouant, à trop peu d’endroits malheureusement, avec l’humour subtilement cabotin de Goscinny.

 

Il faut dire que le terrain est fertile à la chose avec cette aventure qui débute par la découverte sur la plage d’un étrange guerrier figé dans un bloc de glace. C’est un Picte, dont le nom commence forcément par Mac, ouvrant, en matière de jeu de mots, la porte sur plusieurs possibles. Les femmes du village vont glousser devant ses tatouages, et en imaginant ce qu’il y a sous son kilt. Les hommes vont chercher à le ramener chez lui, en passant par Astérix et Obélix pour mener à bien la mission. Classique.

 

L’homme perdu a vécu une trahison qui l’a éloigné, par la congélation, de sa douce, une certaine Camomilla. Il est question d’une boisson à base de malt, d’un monstre très espiègle vivant dans le Loch Andloll, de Romains placés dans le récit parce qu’on ne pouvait faire autrement, de pirates qui reçoivent ce qu’ils méritent dans une scène un peu moins redondante que les autres…

 

Avec cet assemblage, l’éditeur voit grand pour relancer sa série patrimoniale et marquante du 9e art. 2,2 millions d’exemplaires ont été lâchés simultanément en pleine nature jeudi en France et trois autres millions ailleurs sur la planète, dans 15 pays, en 23 langues. Dans cette équation de la relance, soutenus par l’un des plus gros tirages de l’édition française en 2013, Astérix et Obélix tombent à Pictes. Mais pas assez pour éviter que ce 35e album ne tombe à plat.

3 commentaires
  • Marc Provencher - Inscrit 25 octobre 2013 05 h 37

    Au moins, il y a désormais un scénariste !

    Le plus important pour que 'Astérix' remonte la pente après Uderzo, excellent dessinateur et caricaturiste mais médiocre scénariste-dialoguiste, c'est de revenir au principe du tandem. Un dessinateur, un scénariste.

    Ce ne fut vraiment, mais vraiment pas un hommage à Goscinny ni à son métier que de croire, ne serait-ce qu'une seconde, qu'il était possible de se passer de scénariste pour ce type de récit où l'esprit est tout. Uderzo scénariste n'a pas le même sens du personnage, son ironie passe par l'image seulement ou presque, il n'est pas capable de faire la différence entre un bon et un mauvais jeu de mots, ni surtout, bon ou mauvais, de savoir comment l'amener, comment le placer. On pourra discuter longtemps - enfin un sujet d'importance! - à savoir si "Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide" est un bon ou un mauvais jeu de mots, mais Goscinny savait non seulement les faire mais aussi les amener, les enfiler avec fluidité dans la trame de l'histoire et des dialogues.

    Pour s'encourager, le tandem Conrad-Ferri , ou Ferri-Conrad - je les laisse à leur dispute, hi hi - devrait relire le roman 'Le Secret d'Eunerville', par Boileau-Narcejac. Non cette fois parce qu'il s'agit d'un tandem, mais parce que c'est la preuve qu'on pouvait concevoir un parfait épisode d'Arsène Lupin sans Maurice Leblanc. C'est donc faisable. Ce n'est donc pas impossible. Si ce n'était pas impossible avec Lupin, ce n'est pas impossible avec Astérix.

    Je n'ai pas encore lu 'Astérix chez les Pictes', mais je vais absolument le faire - alors que j'avais laissé tomber la série depuis plusieurs albums tellement l'humour avait baissé de calibre - car je suis bien content: Astérix a de nouveau un scénariste ! Il était temps.

    • Vincent Collard - Inscrit 25 octobre 2013 13 h 21

      Vous m'enlevez les mots de la plume. Les albums scénarisés par Uderzo après la mort de Goscinny me faisaient honte. Espérons que ce nouveau duo saura redonnner au village gaulois ses lettres de noblesse.

  • Vincent Collard - Inscrit 25 octobre 2013 13 h 27

    Déjà, dans «Le Grand Fossé»...

    ... Uderzo, qui avait complété le travail après la disparition de son comparse, s'était permis de faire boire de la potion magique à Panoramix -- une transgression majeure des codes astérixiens, d'autant plus gênante qu'elle n'a aucune justification... sinon la faiblesse scénaristique de ce pauvre Uderzo.
    Chacun son métier, et les sangliers seront bien digérés !