L’évolution du livre illustré au Québec: du calque à l’oeuvre d’art

Des illustrations d’Edwin H. Holgate et d’Albert Fournier tirées de L’iconographie d’une littérature.
Photo: Presses de l’Université Laval Des illustrations d’Edwin H. Holgate et d’Albert Fournier tirées de L’iconographie d’une littérature.

Bien que la plupart des quelque 250 livres illustrés publiés en français au Québec entre 1840 et 1940 aient sombré corps et biens dans l’oubli, certains ont tout de même contribué à la renommée d’artistes tels Albert Ferland, Georges Delfosse, Edmond-J. Massicotte, Ozias Leduc, Henri Julien, Charles Huot, Edwin Holgate, Rodolphe Duguay, Jean Paul Lemieux, Adrien Hébert ou Henri Beaulac. On pense au Metropolitan Museum de Robert Choquette illustré par Holgate ou à La chasse-galerie d’Honoré Beaugrand illustrée par Julien.

 

Dans un essai intitulé L’iconographie d’une littérature, l’historienne de l’art Stéphanie Danaux suit l’évolution du livre illustré au Québec depuis la fin du XIXe siècle, dominée par les illustrateurs de journaux, jusqu’aux années 1920-1940, alors que le travail d’illustration est le plus souvent confié à des artistes en quête d’une certaine modernité plastique.

 

Même si le premier livre illustré date de 1840, Stéphanie Danaux explique que ce n’est que vers 1880 qu’il prend véritablement son essor. Jusque vers 1920, les illustrateurs sont surtout des artisans formés dans les milieux de l’imprimerie, tels Massicotte ou Julien, habitués à travailler rapidement à la plume pour les journaux. L’illustration, avec ses décors à peine esquissés et un net souci de réalisme, reste totalement subordonnée au texte.

 

Luxe d’images

 

Seuls quelques peintres-illustrateurs, comme Delfosse ou Leduc, réussissent à pénétrer ce marché. Préférant le fusain ou le pastel à la plume, ils conçoivent leurs illustrations comme de véritables tableaux dans la page, mais sont souvent desservis par des procédés de reproduction photomécanique inadéquats.

 

Les premiers éditeurs professionnels apparus après 1920, tels Louis Carrier et Albert Lévesque, se tournent pour leur part vers les artistes qu’ils fréquentent et qui souvent possèdent une formation en gravure sur bois ou sur linoléum. C’est ainsi que ces techniques traditionnelles, associées au livre de luxe, font leur entrée dans le livre illustré.

 

Ces artistes-illustrateurs se démarquent par leur souci de l’expérimentation graphique et leur volonté d’affirmer leur autonomie par rapport au texte. Pour les Holgate, Hébert, Duguay ou Beaulac, l’image doit apporter au texte « un surcroît d’expression », selon le mot de l’illustrateur français André Derain. Les illustrateurs québécois passent ainsi en une trentaine d’années « d’un rendu servile du texte » à une véritable créativité plastique, l’illustration accédant au statut d’oeuvre d’art.

 

L’ouvrage fouillé et lumineux de Mme Danaux, qui repose sur une documentation solide et souvent inédite, a le mérite de raviver la mémoire d’une production littéraire et artistique jusqu’ici négligée, manifestement à tort.

 

 

Collaborateur