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Négationnisme et sexe illégal en numérique, sur Amazon

La numérisation du livre écrit désormais un chapitre pas très glorieux de son histoire. Plusieurs grands libraires en ligne, dont Amazon et Barnes Nobles, se retrouvent depuis quelques jours sur la sellette après les révélations faites par le magazine britannique en ligne The Kernel : leur catalogue contiendrait en effet plusieurs centaines de titres faisant l’apologie du viol, de l’inceste, de la zoophilie, mais également la promotion de thèses négationnistes ou pro-fascistes. Le phénomène est nourri par le développement dans les univers numériques de l’autopublication autant que par le premier amendement de la Constitution américaine qui défend farouchement la liberté d’expression.

 

« Ici, aux États-Unis, le premier amendement protège ce genre de travail au nom de la liberté d’expression, a commenté le Los Angeles Times dans ses pages cette semaine. Qui plus est, quelques livres avec des contenus dits explicites sont connus comme étant des chefs-d’oeuvre de la littérature. » Et le journal cite au passage Lolita de Nabokov et L’hôtel New Hampshire de John Irving. « Les livres [à caractère sexuel] pointés par TheKernel n’ont pas une grande valeur littéraire. Mais ils sont aussi proches de Cinquante nuances de Grey, la trilogie érotico-agaçante » dont tout le monde parle, poursuit le quotidien.

 

N’empêche, dans une première vague d’enquête, le magazine britannique a rapidement trouvé plusieurs titres vendus sur Amazon, Barnes Nobles ou encore WHSmith - le Renaud-Bray des Anglais - faisant ouvertement la promotion de comportements sexuels pour le moins troublants : déflorations de jeunes filles mineures, rapports sexuels forcés entre un père et sa fille, bestialité, viols collectifs… Signés par des Erika Simons, Alicia Hathaway ou Marylin L. Wellwood, ces romans sont issus du nouveau courant de l’auto-édition, induit par la démocratisation des outils d’édition numérique qui facilitent la production et la diffusion de bouquins en format électronique, et ce, hors des sentiers éditoriaux balisés par les acteurs traditionnels du milieu du livre.

 

Néo-Mein Kampf

 

Dans le deuxième volet de son enquête, The Kernel a également mis en lumière la prolifération sur ces étagères dématérialisées de livres faisant la promotion de l’Holocauste ou encore niant son existence. Les titres à la gloire d’Adolf Hitler y prolifèrent également. Et ce, quatre ans après qu’une association de juifs américains eut traîné la division allemande d’Amazon devant les tribunaux pour la vente de bouquins négationnistes et autres titres banalisant les horreurs du régime nazi. Ce corpus avait alors été retiré du site, mais il semble refaire son apparition, y compris sur les marchés où cette littérature est passible de poursuites, comme c’est le cas en France, en Allemagne et en Autriche.

 

Même si plusieurs livres cités par The Kernel ont été discrètement retirés des « rayons » numériques, les grands libraires ciblés par ces enquêtes n’ont pas voulu commenter les découvertes troublantes faites par le magazine britannique. Plusieurs des titres soulevant des questions d’ordre moral et légal étaient par ailleurs vendus sur le site canadien d’Amazon jeudi dernier. Malgré nos appels, le libraire en ligne n’a pas souhaité répondre à nos questions.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 octobre 2013 12 h 56

    Intéressant !

    «Adolf» et non «Adolphe»