Un nouveau western, dans les territoires mythiques de l’Ouest

Faillir être flingué raconte une épopée d’Indiens et de Blancs; coutumes de chamans et travers de hors-la-loi, mœurs sauvages et cruautés diverses, passion des chevaux et des armes, tout bouge, ricoche et divertit.
Photo: Ministre des Approvisionnements et Services canada 1992 Faillir être flingué raconte une épopée d’Indiens et de Blancs; coutumes de chamans et travers de hors-la-loi, mœurs sauvages et cruautés diverses, passion des chevaux et des armes, tout bouge, ricoche et divertit.

Coup de feu dans la rentrée. Céline Minard signe un western emballant, inspiré par l’imaginaire des hauts plateaux américains et de leurs puissants nomades, Amérindiens et Blancs.

 

Mort en août 2013, Elmore Leonard, maître du western et du polar américain, a vu rassemblées ses nouvelles en trois volumes chez Rivages. Son esprit vit encore, puisque l’éditeur publie Faillir être flingué, un nouveau western épatant signé Céline Minard. Y défile une collection de portraits burlesques et vivants, dans une bousculade déchaînée. Ce roman de cavalcade et de mitraille, de coups de couteaux et d’éperons, d’alcool et de chansons, jubilatoire, est le plus surprenant de l’année.

 

Si les romans « américains » se dénombrent à foison, nul ne vaut celui-ci. Minard tire en premier. Ce qui enchante ? La langue, ni forcée ni simplifiée, juste inspirée - qu’on pense aux adaptations de Leonard pour le cinéma par Quentin Tarantino et Steven Soderbergh. La narration bouge caméra à l’épaule. Les personnages montrent leur caractère trempé : la loi du genre est retrouvée.

 

Du western à l’écriture

 

Ce Faillir être flingué raconte une épopée d’Indiens et de Blancs. Suivez Bird Boisverd dans « le Grand Ouest » ! Coutumes de chamans et travers de hors-la-loi, moeurs sauvages et cruautés diverses, passion des chevaux et des armes, tout bouge, ricoche et divertit. Minard joue avec l’attaque, la survie à partir de rien et la connivence du lecteur avec les paysages grandioses du Far West, où elle n’a jamais mis les pieds.

 

Nulle référence du genre ne lui échappe. On le voit aux signes de piste dans son roman : noms ludiques, lieux, vocables, scènes… Cet humour-là, tout littéraire, joue sur les punchs narratifs, l’angoisse, le montage de décors attendus, où explosent les gueules balafrées. Suspense, tourments et randonnées sauvages dans les plaines de l’Ouest, rien ne manque.

 

Elle a lu Cormac McCarthy, Dorothy Johnson, Tony Hillerman, Francis Parkman (The Oregon Trail), Charles Reznikoff, Jeffrey Lent, Frank Mayer, Rudolf Wurlitzer. Elle a beaucoup retenu des auteurs de pulp magazines et des Contes des Indiens d’Amérique du Nord parus chez Corti. Se défendant d’être puriste, de faire du western américain, italien ou thaïlandais, elle les a ingurgités avec voracité, de La horde sauvage du Californien Sam Peckinpah aux Trois enterrementsde Melquiades Estrada du Mexicain Guillermo Arriaga.

 

Dans ce huitième livre, la romancière, formée en philosophie, s’empare du western, confirmant son audace depuis Bastard Battle (Tristram, 2008), où elle inventait une pseudo-langue du XVe siècle, et So Long, Luise (Denoël, 2011), imaginaire fantastique, poétique et corsé d’une dame âgée. Elle aime les cosmologies, leurs territoires et les récits qui les hantent, et elle y plonge en écrivant à l’oreille, sans plan.

 

Des chevaux, des hommes et des flingues

 

Le roman sert bien le cinéma, et inversement. Chez Minard, on est dans un espace littéraire, qui change allègrement de point de vue. Précis comme un scénario d’Akira Kurosawa et flou comme une fresque, la mort balaie les personnages. Encore que la chevauchée s’arrête aux étapes du genre et les détaille. Si le lecteur précède l’auteure, la mort présentera un nouveau visage. Spectacle médusant que ce ballet de balles perdues, rythmé et scandé !

 

En lice pour le Médicis et le Femina, ce roman « mauvais genre » est une performance, une épopée incandescente et drolatique, mi-parodique, mi-sérieuse. De William Carlos Williams, Allen Ginsberg ou Robert Creeley, elle adopte lyrisme et mythes américains. Mais avec le brio d’une passion bien couvée, elle répond à Paul Shepard, qui donnait en 1996 un condensé de son oeuvre, Nous n’avons qu’une seule terre (Corti, 2013), où il a mis son credo sur l’engrenage des civilisations, absurdement occupées à détruire ce qui les précède.

 

 

Collaboratrice

1 commentaire
  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 19 octobre 2013 13 h 14

    Deadwood

    Au canal Historia,la série Deadwood nous propose une mise en scène fulgurante et propre à cette époque où l'anarchie,brusquement féconde à la prospection de l'or,
    cherche à se civiliser à travers la main-basse sur les territoires amérindiens.
    C'est comment se sont vécues,sur une terre vierge,un bourg,puis une ville,toutes les
    passions humaines propres à ce contexte où le plus fort faisait sa loi.Remarquable.