Poésie - D’Alfonso dans la Cité

Il faut souvent chercher la poéticité des textes d’Antonio D’Alfonso du côté social de la pensée émotive, sous la forme d’un questionnement constant de l’honnête homme à propos de la place qu’il tient dans la Cité et dans son commerce avec les autres. Poésie fortement engagée, poésie d’introspection qui pose la dimension du langage au premier plan, celle du mot juste dans l’incarnation de son identité.

 

Un ami, un nuage s’impose comme un acte d’amour envers les proches du poète, ceux qu’il côtoie, ceux qu’il lit, aveu d’une passion constante qui bouleverse le coeur et s’acharne à la recherche du sens. C’est aussi un constat d’inquiétude qui fait trembler les certitudes aussi bien amicales qu’amoureuses, aussi bien sociales que personnelles. Toujours au plus près des petites choses de la vie, du geste le plus quotidien, le poète s’immisce entre les possibles lectures qui s’offrent à la connaissance. Peut-être qu’Antonio D’Alfonso est un philosophe qui se fait poète pour mieux saisir les ambiguïtés du monde. Ainsi, rarement cherche-t-il la beauté de l’image, privilégiant plutôt une approche qu’on pourrait presque dire frontale des éléments poétiques.

 

« La parole transformée est une cloche, / L’amitié est une étoile sur notre front », dit-il, à la fin du recueil, comme si toute écriture devait sonner l’alarme pour ameuter les sentiments altruistes. C’est aux frontières des scissions, celles qui désunissent les peuples ou les proches, que s’insinue cette poésie. Aride parfois comme doit l’être toute conscience alarmée, douce aussi quand le coeur est aux abois, cette parole témoigne toujours du sort de l’individu au bord d’être largué, au bord de la rupture amoureuse.

 

Dans ses rares moments d’abandon, le poète se fait bellement lyrique : « Les étoiles remontent à la surface / Comme des baigneurs heureux // Pour respirer le jour turquoise / Qui s’enfonce sous l’eau de la canicule. » La route qui mène à ces textes d’une densité redoutable s’ouvre sur « un gros trou à la place du coeur. / Une ligne d’ombre avance vers l’autel du poète », pour donner libre cours à l’imparable lucidité dont témoigne chaque texte, qui se tient au bord d’un pessimisme larvé, d’une peine fouissant cette âme d’amoureux fragile qui s’offre en pâture .

 

Aux confins des doutes s’impose le questionnement des déracinés, des déclassés, de ceux qui cherchent leur origine et l’origine de ce qui fait que, malgré les désillusions, « L’homme insignifiant aime d’un amour qui ne sert à rien. / Son amour qui ne sert à rien pourtant guérit ». Rien d’insignifiant ici, au contraire, mais le témoin vivant d’un monde en désaccord avec lui-même.

 

 

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