Coeur de Lhasa

Le conte est composé de 12 linogravures et collages tous signés de la chanteuse.
Photo: Lhasa de Sela Le conte est composé de 12 linogravures et collages tous signés de la chanteuse.

L’esprit de Lhasa de Sela plane toujours. À preuve, un petit livre d’artiste de son cru vient d’être publié à titre posthume par l’éditeur français Orbis Pictus Club. Coeur est un conte truffé de 12 linogravures et collages, tous signés de la chanteuse. Il est sombre et lumineux à la fois, comme son auteure, qui reçoit encore aujourd’hui, près de trois ans après sa mort, l’hommage des vivants (le spectacle Danse Lhasa danse tourne encore…).

 

Restée inédite pendant quatre ans, la plaquette semble venir les remercier depuis l’au-delà. Lhasa y raconte comment elle a perdu puis retrouvé son coeur, avalé comme la plupart des membres de sa famille par la bouche d’ombre qui guettait son pays de collines infinies. Le récit, tout simple, est plein de naïveté et d’inquiétude existentielle. Il ressemble à un petit conte philosophique pour enfants, aux mille échos résonnants pour les adultes. Il y est question de solitude et de liberté entravée, puis retrouvée à l’aide d’une sorcière, mais surtout de sa propre volonté.

 

« Il [mon coeur] était nu, presque transparent, avec des yeux éblouis de nouveau-né. Puis, il s’est avancé vers moi et je l’ai pris dans mes bras. […] “Que faut-il faire, ai-je demandé [à la sorcière], pour ne plus être séparés ?” - “Vous êtes libres de partir d’ici et de ne plus jamais être séparés.” »

 

C’est l’intelligence du coeur qui parle à travers les méandres du récit : attention de ne pas perdre, dans le tumulte de la postmodernité, la sensibilité et l’intégrité sans lesquelles le monde perdra toute saveur et tout sens, semble-t-elle nous avertir. Les gravures au fin détail et à l’imaginaire fantasque traquent l’ambivalence propre au conte, à la fois grave et émancipateur.

 

Dans une note de l’éditeur, on apprend que la chanteuse québécoise d’origine mexicaine fut le maître d’oeuvre de ce projet, qu’elle porte sa signature jusqu’à sa page couverture et à sa traduction en anglais qu’on retrouve à la fin du livre. « C’est, au fond, d’un nombre assez restreint de nos contemporains qu’on peut dire sans hésiter qu’ils ne sont pas comme les autres. Lhasa est du nombre et l’aura qui entoure son oeuvre en témoigne. »

 

Une telle aura incarnée dans un livre d’artiste aurait juste mérité un peu plus d’attention éditoriale pour éviter les coquilles qui se sont glissées dans les 2000 exemplaires… On peut trouver le livre à la librairie montréalaise Au port de tête.

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