En vers et avec tous

Sans titre, Christian Tiffet, pastel à l’huile, 2012.
Photo: Sans titre, Christian Tiffet, pastel à l’huile, 2012.

Voilà 29 ans déjà que Trois-Rivières redevient chaque automne un certain rendez-vous poétique. Au fil du temps et des éditions, peu à peu, le Festival international de poésie (FIPTR) a rassemblé amateurs et professionnels, à force de spectacles, de lectures autour d’une brioche, d’un scotch ou d’un apéro, d’événements dans les parcs, avec les enfants, et autres variations sur le thème. Qu’ils écrivent de la poésie, aguerris ; qu’ils désirent le faire, vraiment ou en néophytes ; qu’ils aiment en lire ou se la faire dire, ils arpenteront la rue des Forges, d’une activité à l’autre, jusqu’au 13 octobre.

 

Est-il possible qu’un événement, surtout littéraire, surtout poétique, puis se croître d’année en année, sans fin, comme le réclame une certaine pensée enracinée ailleurs qu’en poésie ?

 

« On peut seulement vouloir que ça grossisse, réfléchit en entrevue téléphonique au Devoir Maryse Baribeau, la directrice générale du FIPTR. C’est naturel. En même temps, Gaston [Bellemare, fondateur] et moi, on n’a jamais eu com me objectif de remplir un amphithéâtre de 5000 personnes qui viendraient juste pour écouter de la poésie.

 

« On sait ce qu’on fait, et, reconnaissons-le, la poésie, c’est un peu pointu. Au fond, on contamine les gens, petit à petit. Ceux qui disent de prime à bord « moi, j’aime pas ça, la poésie », mais qui vont se retrouver par hasard dans un bar à Trois-Rivières en octobre, étonnés d’être touchés et de se reconnaître dans les mots d’un poète qui va aussi être là, vont peut-être ensuite se déplacer pour réentendre ce même poè te, en découvrir un autre… et ainsi de suite. Je pense que c’est là que notre travail se fait, qu’on n’a pas fini de contaminer positivement les gens à la poésie et qu’on peut rêver d’une expansion qui nous permettrait d’avoir 5000 petits lieux où on vient écouter de la poésie. »

 

C’est déjà dans une multitude d’endroits que se déploie la centaine de poètes, de tous horizons et de tous styles, invités cette année : dans les restaurants (soupers-poésie), les librairies, les bars (dont le Zénob, chef-lieu des fins de soirée arrosées et des semi-dérapages improvisés), la Maison de la culture, les bibliothèques et le parc Champlain.

 

Même la vieille prison historique de 1822 est perquisitionnée pour l’activité toujours à guichets fermés Poè tes en prison, où une demi-douzaine de plumitifs investissent cellules, cafétéria, couloirs et escaliers le temps d’une visite-lecture hors du commun.

 

Des voix d’ailleurs

 

Cette année, Danielle Roger, Rose Éliceiry et Jonathan Roy s’y enfermeront volontairement avec Taja Kramberger, de la Slovénie, et Abdoulaye Fodé Ndione, du Sénégal.

 

Car le FIPTR est aussi l’occasion d’entendre des voix d’ailleurs, de se confronter à d’autres visions. Les tables rondes Situation de la poésie dans le monde permettent de discuter des différences et points de rencontres.

 

Celle de samedi, par exemple, réunira des poètes d’É gyp te, du Bénin, de Fran ce, d’Irak, du Pérou et d’ici.

 

« Cette année, indique Maryse Baribeau, il y aura une connotation politique particulière au festival puisque Maram Al-Massri, de Syrie, revient, et qu’on s’est arrimés à l’actualité pour inviter aussi Ahmed El-Shahawy, d’Égypte. On a également notre premier poète chinois, Du Xi. Je pense que ça va s’ouvrir aussi sur la culture, le politique et sur la façon dont la situation actuelle se vit là-bas. »

 

Les 60 ans des éditions de l’Hexagone seront soulignés. Et comme grand spectacle, Louise Dupré rencontre Robert Schumann, baptisé de façon volontairement immodeste, réunira dimanche matin la poétesse et l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, à la salle J.-A. Thompson.

 

« Une des forces de notre événement, je le répète souvent, c’est qu’on est à l’écoute du public, poursuit la directrice. Au départ, on ne donnait pas d’ateliers d’écriture : ce sont les gens qui nous les ont proposés.

 

« Je demande même aux bénévoles d’être très attentifs à ce que leur disent les festivaliers comme les poètes, de recueillir ce qui les a touchés, ce qu’ils ont aimé, là où ils ont moins embarqué… On cher che ainsi à en donner un peu plus cha que fois. »

À voir en vidéo