Hellman, sur les routes entre Giguère et Galeano

Thomas Hellman
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Thomas Hellman
Il a chanté Roland Giguère, bien sûr. Un peu de lui, aussi. Mais pas que ça : le spectacle bâti par Thomas Hellman autour de son projet sur Giguère emprunte en fait une multitude de routes littéraires qu’il parcourt en chanson, mais également beaucoup en parole. Simplement, et joliment.

Quand le public entre dans la salle du Quat’Sous, Thomas Hellman est déjà là. Assis tout au fond de la scène, le nez plongé dans un livre — en l’occurrence, « Paroles vagabondes », d’Eduardo Galeano. Décor dépouillé, un piano droit, quelques guitares, une contrebasse, de vieilles lampes ici et là. Ambiance chaleureuse qui invite au silence.

Planté devant le micro, Hellman ouvre doucement la soirée par une lecture de cinq extraits de « Fenêtre sur la parole », tirés de « Paroles vagabondes », du grand Galeano (Lux éditeur, 2010). Le titre du livre de l’Uruguayen n’est pas anodin, comprendra-t-on plus tard : les thèmes de l’exil, du déracinement, du nomadisme, de la quête existentiel, se révèlent en effet entre les lignes de ce qu’Hellman chante et récite.

Galeano reviendra par quelques extraits des « Voix du temps » (Lux, 2011) — dont « Émigrants du siècle dernier », où il évoque « les bagages des déracinés », ces valises qui « contenaient peu de choses », mais où « chacune contenait tout un monde ». Une voix de femme s’immiscera dans le parcours, celle de la jeune auteure innue Naomi Fontaine. Patrice Desbiens suivra, avec deux extraits d'« En temps et lieux 3 » (L’Oie de Cravan, 2009).

La parole qui brille

Mais au cœur de ce parcours poétique, c’est la parole de Roland Giguère qui brille le plus. Giguère qu’Hellman chante à la Guthrie (par ailleurs lui aussi célébré au passage, par une interprétation de « 66 Highway Blues ») : sur fond folk et sans fioritures. Sa grosse Guild acoustique entre les mains — ou avec son banjo —, Hellman a conservé sur scène le ton du livre disque « Thomas Hellman chante Roland Giguère ». Les mots devant, en somme, et la musique révélant plus fortement le rythme inhérent aux textes. Le contrebassiste Sage Reynolds et Olaf Gundel (vieux complice multi-instrumentiste) accompagnent le chanteur sur scène.

Spectacle tout en douceur et en sensibilité, au final. La discrétion de la mise en scène de Brigitte Haentjens convient bien au ton et au son de la présentation : la parole prime, voilà. Et s’il y a quelques imperfections, c’est pour mieux souligner une autre parole, celle de Leonard Cohen — qu’Hellman affectionne particulièrement. « There is a crack in everything/That’s how the light gets in ». Une question de lumière qui entre par les failles.

Le Devoir

1 commentaire
  • Roger Stéphane Blaise - Inscrit 25 septembre 2013 16 h 38

    Thomas Hellman chevauche ses guitares pour nous transporter vers l'Amérique des champs mythiques qui font résonner l'âge de la parole.