La révolte arc-en-ciel de Parti pris

L’historien Jacques Pelletier voit dans le phénomène du printemps érable un certain héritage de Parti pris.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’historien Jacques Pelletier voit dans le phénomène du printemps érable un certain héritage de Parti pris.

Créée il y a 50 ans cet automne, la revue Parti pris (1963-1968) le fut, comme le précise Jacques Pelletier, par « de très jeunes gens (ils venaient tout juste de franchir la vingtaine) », fait qui nous frappe encore aujourd’hui.

 

L’anthologie judicieuse qu’en dresse l’historien de la littérature expose l’étonnante diversité de ce « météore » indépendantiste, socialiste et d’avant-garde esthétique, dont l’influence souterraine persiste.

 

Pelletier rappelle que les revues Mainmise (1970-1978), organe de la contre-culture, Chroniques (1975-1977), d’inspiration marxiste, Possibles, fondée en 1976, axée sur l’autogestion et toujours présente en ligne, sont des rejetons de Parti pris et qu’elles illustrent certaines de ses multiples tendances. Il perçoit aussi, avec raison, dans la postérité du périodique de nombreux groupes de gauche des années 70 et 80, puis le parti Québec solidaire et même le phénomène du printemps érable.

 

Soif de changement

 

Dès le premier numéro de Parti pris (octobre 1963), l’une des plus brillantes figures de la revue, Pierre Maheu (1939-1979), né à Montréal, exprime, au sein de sa génération, la soif douloureuse de changement global dans les idées et surtout au fin fond des sensibilités. Il insiste : « Nous ne pouvions trouver dans la révolte que la solitude, le mal-être et le vide intérieur dont témoignent les dernières toiles de Borduas, expression d’une révolte poussée jusqu’à la limite. »

 

Pour dépasser le désir trouble, trop personnel, contre-productif de tuer le passé asphyxiant aux éteignoirs parentaux, religieux, politiques, économiques, il faut transformer cette révolte en révolution, oeuvre collective, fraternelle. Maheu analyse : « L’aliénation dont nous avons souffert individuellement ne faisait que refléter celle d’un peuple. » Il juge le Québec « sous-développé »parce que celui-ci « est COLONISÉ » et que seule « la démystification » peut vaincre le déni de la réalité.

 

À Maheu et aux autres membres fondateurs de la revue, comme Paul Chamberland et Jean-Marc Piotte, des aînés respectés, sinon admirés, apportent une contribution critique. L’idée d’une démystification et celle d’une révolution sobre, rapide plaisent à Jacques Ferron, pourfendeur narquois de l’enjolivement de notre histoire. Il écrit : « L’indépendance une fois décidée disparaît du paysage ; on n’y pense plus, on la fait. »

 

Prudent et lucide, Pierre Vadeboncoeur suggère de « travailler, dans le relatif et la réalité », avec le Mouvement souveraineté-association de René Lévesque. Quant à Hubert Aquin, il déclare que le problème pour l’écrivain n’est pas tant de militer dans un groupe politique que « de vivre dans son pays, de mourir et de ressusciter avec lui ». D’ailleurs, grâce à son intérêt pour la littérature, Parti pris est la preuve que l’imaginaire, dépassant les doctrines, exprime mieux que tout la soif de vie et de liberté.

 

Pour souligner les cinquante ans de cette revue où ont publié tant et tant de nos meilleures plumes, un colloque international, baptisé « Avec ou sans Parti pris », se tiendra les 3 et 4 octobre à Montréal, à la Grande Bibliothèque.


 

Collaborateur