Entrevue - Aux origines du Québec d’André Vanasse

Dans La flûte de Rafi, André Vanasse, auteur de La saga des Lagacé, s’attache à donner un sens romanesque à l’origine des Vanasse en Amérique.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Dans La flûte de Rafi, André Vanasse, auteur de La saga des Lagacé, s’attache à donner un sens romanesque à l’origine des Vanasse en Amérique.

Tout commence, dit André Vanasse, par une scène qui s’est déroulée il y a longtemps déjà, lors d’un lancement de livre. L’éditeur André Vanasse rencontre un jour quelqu’un qui lui parle de tout et de rien, comme il est convenu lors des lancements de livre. Puis ce monsieur en vient à parler des origines juives de la population québécoise.

 

« J’ai été intrigué. Ce gars me disait à quel point l’origine juive de nombre de Québécois était une chose méconnue, affirmant même que « Vanasse » avait aussi des racines juives. J’ai été vraiment très intrigué. »

 

Jean-Marie Gélinas, un passionné de cet aspect méconnu de notre histoire, intéresse du fait même André Vanasse. « J’écoutais Gélinas et je trouvais décidément toute cette histoire fascinante. Je voulais qu’il écrive un essai sur la place de la culture juive dans nos racines. Mais il n’avançait pas… J’ai fini par laisser tomber. Sauf que l’idée a germé en moi petit à petit, sans que je m’y attende, sur un mode romanesque. »

 

Des années plus tard, voici le roman : La flûte de Rafi. « C’est un roman historique. Mais comme je le dis au début du livre, je réclame le droit de ne pas rechercher la vérité. L’écriture du roman historique est descriptive, avec des moments plus humains. Pour moi, il s’agit d’une écriture du roman qui est particulière par rapport à ce que j’ai pratiqué jusqu’ici. J’ai volontairement coupé des dizaines de pages où je m’attardais à des aspects qui étaient trop historiques. Je ne voulais pas plus d’informations que d’action. Et surtout, je voulais faire un livre heureux. Il y est question de la trajectoire de Juifs que je suppose compter parmi mes ancêtres, mais je n’avais aucune intention de traiter de leurs malheurs, des pogroms, de tout ça. » On a insisté pour qu’il en ajoute de ce côté. Il a dit non. « Non ! Non ! Je voulais aller ailleurs. C’est terrible, tout ça. Oui. Mais je me proposais de faire autre chose. Et c’est ce que j’ai fait. »

 

L’identité

 

L’auteur de La saga des Lagacé s’attache plutôt à donner un sens romanesque à l’origine des Vanasse en Amérique. « En fait, je voulais surtout montrer par là que tout est beaucoup plus compliqué qu’on a voulu le croire ou nous le faire croire. Je suis certain que nous faisons fausse route à nous imaginer une sorte d’unité originelle qui serait au fondement du peuple québécois. Au contraire, tout est très mélangé, très complexe. Mes origines et celles de ma femme sont très variées, comme pour tout le monde que je connais. Quand j’étais petit, on disait qu’il n’y avait pas d’Amérindiens dans nos familles, alors qu’en vérité, leurs noms avaient été camouflés par des prénoms catholiques. Les gens qui pensent encore que nous avons une lignée commune toute catholique et toute simple ne vont pas voir au fond des choses. »

 

L’exemple de Louis-Martin Tard, son ancien directeur de collection chez XYZ, lui revient souvent en mémoire. « Louis-Martin voulait léguer un testament. À ceux, plus jeunes que lui, qui demandaient depuis quand il était devenu Québécois, il répondait : ‘’Depuis plus longtemps que vous ! ‘’»

 

En plongeant jusque dans l’aube de ses origines, André Vanasse souhaite en quelque sorte se livrer à une généalogie du temps présent. « Je voulais montrer sous forme romanesque la complexité de tout ça. Et il était hors de question pour moi de le faire sur un mode triste », dit-il en riant.

 

Printemps 1626, dans une ville de Pologne, Pawel entreprend par sa résistance à une certaine tradition familiale d’infléchir le destin de sa lignée… De ville en ville, à travers l’Europe, de bonheur en petit malheur, on arrive sur les eaux de la Nouvelle-France avec François Vanas, flûtiste et catholique.

 

« Il y a une grande part d’imagination là-dedans. Les origines polonaises, les villes, tout est inventé, du moins en grande partie. J’ai essayé d’être logique, mais je regarde l’histoire avec liberté. Il y a quarante portraits de Napoléon possibles comme il y a quarante façons d’envisager mes personnages. J’avoue avoir pris de très grandes libertés par rapport à Pawel », celui sur qui repose l’ensemble de l’oeuvre.

 

Pourquoi avoir choisi la Pologne comme point de départ de La flûte de Rafi ? À cause de ce romantisme polonais dont se berce toute une partie de la littérature québécoise depuis Nelligan ? « Pas du tout ! C’est Jósef Kwaterko, le spécialiste polonais de la littérature québécoise, qui m’a suggéré, à ma demande, des noms de villes et des lieux en Pologne pour construire mon roman. J’ai situé une partie du roman là à cause de lui, tout simplement ! Ça aurait pu être ailleurs. » Mais ça aurait alors été un autre livre…

 

Joint au bout du fil à ses bureaux du magazine Lettres québécoises dont il continue de s’occuper activement, André Vanasse rit encore, visiblement satisfait : « J’avais décidé que ce livre serait heureux. Il l’est. »

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