Le printemps érable de VLB

Le dernier ouvrage de Victor-Lévy Beaulieu est criant de franchise.
Photo: François Pesant - Le Devoir Le dernier ouvrage de Victor-Lévy Beaulieu est criant de franchise.

Ce ne sont pas tant les idées politiques tranchées de Victor-Lévy Beaulieu qui font le charme de son essai Désobéisssez ! que la franchise autobiographique de l’écrivain replongeant dans ses lectures de jeunesse, comme dans le tréfonds de soi-même. Ainsi, l’artiste, le rêveur, le forcené participait intérieurement au printemps érable. Pour résumer son élan, il a choisi le mot merveilleux d’Hugo, l’un de ses dieux tutélaires : « Désobéir, c’est chercher. »

 

Le goût de Beaulieu pour la quête inlassable d’un sens nouveau à donner aux moindres choses, son interrogation perpétuelle, sa course éperdue vers le secret fugitif des origines pour mieux lutter contre la décadence du monde, on les sent, en particulier, lorsqu’il raconte sa découverte, vers 1960, de Walden ou la vie dans les bois (1854), de Henry David Thoreau. L’ermite anarchiste américain l’enchante d’autant que celui-ci voit dans un bûcheron né chez nous, Alex Thérien, le type du sage naturel, sorti d’un peuple terre à terre.

 

La simplicité du travailleur manuel dépeint a, pour VLB, la fraîcheur du petit matin dans la solitude de la forêt. À cette heure seulement, comme le perçoit Thoreau, « se tient éveillée quelque partie de nous-mêmes, qui tout le reste du jour et de la nuit sommeille ». Ne plus croire au sublime de l’heure aurorale, c’est s’enfoncer dans une noirceur irrémédiable.

 

Voilà ce qu’ont fait les syndicats québécois dès qu’ils se sont embourgeoisés. En l’intégrant à ses souvenirs livresques d’adolescent - les pages de Thoreau et La conquête du pain (1892), d’un autre anarchiste, si différent, le Russe Pierre Kropotkine -, Beaulieu, de manière ingénue, universalise, enrichit sa critique du contre-pouvoir dénaturé des travailleurs et lui donne un caractère profond, intemporel.

 

On ne s’attarde plus à la férocité baroque de ses attaques contre les syndicalistes d’affaires qui, révèle la commission Charbonneau, pataugent avec les capitalistes et la mafia, « comme cochons dans la même auge ». On retient sa compréhension pénétrante de la pensée anticipatrice de Kropotkine. « Plus la réussite du syndicalisme serait grande, explique VLB, plus en souffriraient les travailleurs les plus démunis. »

 

Aux yeux de l’écrivain, pour qui le fonctionnement du monde doit être avant tout écologique, il faut s’élever contre la « Loi économique simpliste et destructive » parce qu’elle ne se fonde que sur la production et la consommation, « donc le gaspillage ». À 19 ans, la poliomyélite et la lecture de Gandhi, artisan de la révolution non violente, poussent VLB à s’imposer « un sévère régime naturiste » et à parfaire sa conscience québécoise.

 

Il rappelle son projet, indissociablement politique et littéraire, d’un Québec indépendant et progressiste. « On peut écrire l’oeuvre la plus universelle qui soit, quel intérêt si elle n’a aucun sens pour la collectivité dans laquelle on vit ? »,demande-t-il aux nombreux tenants de l’angélisme artistique.

 

Selon Beaulieu, l’individualisme des chartes des droits et libertés s’affirme « au détriment du devoir-vivre collectif », l’embourgeoisement du PQ et son obsession du déficit zéro en font le fossoyeur de l’indépendantisme et le « complice du patronat » en trahissant la majorité. Parvenir « à la beauté plutôt qu’à notre autodestruction », voilà le sens du cri de l’artiste militant et la définition non violente, aurorale du verbe désobéir.

 

 

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