Bande dessinée - Sous le signe de la consécration

Fabien Deglise Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ce n’est pas banal. Après un foisonnement sans précédent dans les dernières années, la bande dessinée québécoise se prépare cet automne à franchir un nouveau grand pas dans son histoire en entrant, par la grande porte, au… musée.

 

Ça va se passer en novembre, au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) où, pour souligner les 15 ans d’existence de la maison d’édition La Pastèque - un des acteurs névralgiques du 9e art d’ici -, 15 bédéistes vont mettre leurs univers graphiques en symbiose avec 15 toiles choisies dans la réserve de l’institution muséale. Michel Rabagliati, Réal Godbout, Pascal Blanchet, Isabelle Arsenault, entre autres, se sont prêtés à ce jeu, inspiré d’une expo réalisée en l’honneur de la maison d’édition L’Association en France au Musée des arts décoratifs de Paris. Les planches qui en résultent seront exposées dans les grandes salles du MBAM jusqu’en mars 2014.

 

L’événement est attendu. Il va coïncider avec la réédition dans un format atypique et en couleurs de Paul à la campagne, premier album de la désormais populaire série imaginée par Rabagliati et que La Pastèque a mise au monde dans les premiers mois de son existence. Souvenirs, souvenirs…

 

Ailleurs, l’apparition d’un petit recueil de croquis réalisé par Guy Delisle à Québec lors d’une résidence dans la vieille capitale risque de marquer lui aussi cette rentrée littéraire, même si l’objet graphique est loin d’avoir la densité des oeuvres passés du dessinateur. C’est la jeune maison Pow Pow qui, avec le Festival de la bande dessinée francophone de Québec, a orchestré ce projet sans paroles ni personnage qui met l’environnement construit de Québec à l’honneur, sous la plume d’un dessinateur dans le vent.

 

Dans le vent, Zviane y est aussi et elle en refait une démonstration éloquente avec Les deuxièmes (Pow Pow). Sous la couverture : une histoire ordinaire d’attraction des corps qui va finir par devenir étonnante en rencontrant l’univers de la musique et de la composition. Décalé et original, assurément.

 

Invitation au voyage

 

L’univers de la bulle et le voyage ont toujours fait bon ménage et l’équation va encore une fois être nourrie par plusieurs titres invitant à la chose cet automne. Dans la marge, Léthéonie (Front froid) de Julien Paré-Sorel va proposer une exploration dans le monde de l’amnésie en suivant un homme perdu sur une île et dans la recherche de son identité.

 

L’introspection, Jerôme Pigney la met en cases avec Un matin de septembre (Des ronds dans l’O), une création attendue qui par l’image aborde la question du son. L’histoire est celle d’un homme qui, après avoir perdu sa mère, va partir à la recherche du son de sa voix, de la mémoire d’une tonalité vocale disparue et dont l’absence le fait souffrir.

 

Le voyage, dans l’espace et le temps, passe aussi par Jiro Taniguchi et le tome IV d’Au temps de Botchan (Casterman), récit historique qui poursuit sa plongée poétique dans un Japon à la charnière du temps, entre tradition et modernité, avec la réflexion nécessaire sur la transmission de la mémoire qui accompagne toujours ce genre de mutation.

 

Avec Les guerres silencieuses (Dupuis), Jaime Martin passe son crayon sur d’autres contours : ceux du totalitarisme abordé par la bande en suivant un père faisant son service militaire dans le Sahara espagnol, au temps d’une guerre entre l’Espagne et le Maroc. Il y est question de mémoire, celle qu’un auteur de bédé contemporain, au coeur de ce récit et surtout en panne d’inspiration, va s’approprier pour donner un nouveau souffle à sa création.

 

Enfin, le voyage va aussi se faire dans l’absurde avec le tome X de la série populaire dans les cours de récréation de Bruxelles, Paris et Montréal, Game Over (Mad Fabrik). La trame est la même que dans les neuf épisodes précédents : un petit barbare, une princesse à sauver, des monstres à éviter et des dénouements sanglants, gluants et du coup marrants, surtout quand on a six ou huit ans.