Dupuis-Déri et la planète policière

L’idée que la police concrétise la légitimation de la violence de l’État envers et contre tous trouve écho dans les événements du printemps érable.
Photo: - Le Devoir L’idée que la police concrétise la légitimation de la violence de l’État envers et contre tous trouve écho dans les événements du printemps érable.

Si le printemps érable, la plus importante grève étudiante de l’histoire du Québec, transfigurée « en une lutte populaire » globale, a eu tant de résonance, c’est, explique Francis Dupuis-Déri, qu’il s’insère dans une perspective planétaire où, depuis les années 1990, la police jugule comme jamais la contestation sociale. L’ouvrage À qui la rue ?, dont il est le principal auteur, démasque les puissants pour qui l’argument décisif demeure la matraque.

 

Le politologue de l’Université du Québec à Montréal s’en prend au « choix de la police de réprimer les manifestations non pas en fonction de ce qui s’y passe, mais en fonction de la cause ou de l’identité sociale et politique des contestataires ». L’assistent cinq collaborateurs, dont Alexandre Popovic, vieux routier des manifestations anarchistes, et Marc-André Cyr, qui étudie, parmi les policiers, autant les infiltreurs que les provocateurs cachés dans les cercles militants.

 

Bien qu’elles ne cessent de justifier leurs interventions musclées par le souci d’assurer la sécurité du public, les forces de l’ordre soutiennent tacitement le pouvoir et l’idéologie dominante. Rien de neuf ! Déjà, l’essayiste allemand Walter Benjamin (1892-1940) nous invitait à penser que la police concrétise, surtout lors des crises sociales, le principe selon lequel l’État, même libéral, légitime sa propre violence envers et contre tous.

 

Cette idée, Dupuis-Déri a la sagacité de l’adapter, en lui donnant beaucoup de portée, à la situation québécoise actuelle. Il montre que le « profilage politique », pratiqué par la police d’ici à l’endroit des militants plus ou moins proches de l’altermondialisme radical, s’inscrit dans une continuité internationale qui remonte aux premières manifestations contre le néolibéralisme, notamment à celle de Seattle en 1999.

 

Les événements du 11 septembre 2001 furent, juge-t-il, « un catalyseur » de cette « vague de répression ». Dans un texte reproduit chez nous, dans le quotidien La Presse, l’influent politologue britannique Tim Dunne, pourtant modéré, ne suggérera-t-il pas, en 2005, des « parallèles entre l’action des terroristes islamistes et celle des anarchistes anticapitalistes » ?

 

Une psychose du terrorisme règne sur le pouvoir politique, en particulier en Occident, et les médias la transmettent à la population. La police, traditionnellement plus fascinée que quiconque par l’ordre et l’autorité, est loin d’y échapper.

 

Dupuis-Déri nous convainc que la répression du printemps érable par plus de 4500 arrestations et par la loi 78, dont on s’inquiéta de la sévérité à l’ONU, révéla le parti pris de Jean Charest et de la police. Le spécialiste de l’anarchisme se retrouve avec Jacques Parizeau, qui loua l’« admirable retenue » des manifestants. Que le bon sens politique réunisse des générations et des esprits si différents, c’est notre avenir.



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14 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 3 août 2013 10 h 16

    Mauvaise foi évidente!

    Les policiers ne sont aucunement des polices politiques comme le prétendent ces gens.

    TOUS les problèmes de ce printemps ont été causés par le manifs de type anarchistes (n'importe où et n'importe comment) . Si les manifs avaient été organisées par des gens responsables au lieu des organisations de broche à foin, , donnant leur intinéraires et collaborant avec les policiers pour attraper les casseurs..il n'y aurait pas eu de problèmes avec les policiers, et ils auraient pu s'exprimer dans un atmosphère sans violence.

    J'ai manifesté des dizaines de fois dans ma vie, des manifs organisées par des gens responsables (syndicats, groupes marxistes, groupes populaires...), et JAMAIS je n'ai senti de censure politique. Mais nous on ne provoquait pas les policiers avec des gestes illégaux et en acceptant les casseurs parmis nous.

    On oublie ici un point essentiel pour vivre en société, que les citoyens n'ont pas seulement des droits, mais aussi de devoirs. Ce que les policiers doivent leur rappeler, car c'est pour cela que les citoyens les payent. Absolument rien à voir avec une police politique, on est pas en Corée du Nord ou à Cuba quand-même!

    • David Cherniak - Inscrit 3 août 2013 13 h 57

      M. Michaud,

      Je comprend votre empressement à défendre les policiers québécois. Mais les manifs de 2012 n'ont rien à voir avec les dizaines de manifs auxquelles vous avez participé dans votre vie en raison d'un phénomène nouveau : la militarisation de la police.

      Je doute que vous ayez eu à manifester alors que des policiers vous tenaient en joue avec des canons ARWEN et autres armes semi-létales.

      Il y a également lieu de s'inquiéter de la banalisation du phénomène de la militarisation de la police notamment lors des activités de contrôle de foule. Si on se souvent bien,l'utilisation des balles de plastique sur la population pendant le sommet des Amériques avait provoqué un tollé. C'était la première fois que de telles armes étaient utilisées au Canada lors d'une manifestation. Un rapport publié le 14 mai 2002 est venu sérieusement remettre en question la pertinence d'utiliser ces armes dangereuses dans un contexte de gestion de foule.

      10 ans plus tard, le SPVM tire sur des citoyens en pleine rue et plus personne ne s'en étonne. Si les policiers sont là pour rappeler aux citoyens qu'ils ont des devoirs comme vous le dites, je doute fort que de les tenir en joue avec des armes semi-létales soit la meilleure façon d'y parvenir.

    • André Michaud - Inscrit 4 août 2013 14 h 07

      M.Cherniak

      Lors du Sommet la grande manif poplaire a été un succès, sans violence. Ce qui a changé lors du Sommet des Amériques ici à Québec c'est l'arrivée du "Black Bloc" qui au lieu de manifester voulait faire la "guerre" aux policiers ! Avant les policiers n'avaient pas besoin de se "militariser" car il n'y avait pas nécessité. Et hélas depuis le Sommet, il y souvent des "black bloc" ou casseurs-provocateur..

      Comment éviter que les policiers doivent s'équiper en conséquence? En collaborant pour débusquer les casseurs et les provocateurs.

    • Maxime Dion - Inscrit 4 août 2013 14 h 36

      @André Michaud

      '' Mauvaise foi évidente! ''

      À qui le dites-vous ! Quand on songe aux Saint-Jean-Baptiste des années soixante et dix à Montréal réprimées sans raison à coups de matraques, sans compter le Samedi éponyme ! C'est l'évidence même que la police n'est pas politique, du moins pour certains qui sont de mauvaise foi !

  • Jacques Morissette - Inscrit 3 août 2013 10 h 36

    Qui reflète le plus la violence: Le policier avec sa matraque ou le média virtuel qui expose la violence?

    Je me permets de poser une question. D'accord, il y a des policiers qui peuvent profiter de ce genre de situation pour se défouler sur le dos des manifestants. Les médias qui montrent la violence, s'il y en a, le font-ils pour la dénoncer ou pour montrer la répression dans le but de faire peur au monde? En effet...

    Est-ce que ce sont vraiment les policiers qui abusent de la matraque ou est-ce que ce sont certains médias, favorisant une certaine répression, qui mettent bien à la vue la violence de certains policiers, dans le but de faire peur aux manifestants (étudiants, grévistes, etc.), de manière à les inciter à se tenir à l'écart des évènements et étouffer les manifestations?

    • David Cherniak - Inscrit 3 août 2013 14 h 07

      La violence policière n'est pas uniquement une question du comportement de certains policiers qui abuseraient de leur position d'autorité. C'est aussi une question d'arsenal. C'est bien de se rappeler qu'avant 2001, les policiers ne tiraient pas sur la foule comme c'est le cas aujourd'hui :

      «Les balles de plastique tirées par les Arwen 37 sont particulièrement dangereuses, voire potentiellement meurtrières, notamment lorsque cette arme est utilisée dans une foule. Avant le Sommet des Amériques, les porte-parole de la police avaient déclaré que cette arme serait la «dernière étape avant l’utilisation de l’arme mortelle», ne devant pas être utilisée pour le contrôle de foules, mais uniquement «contre des individus représentant une menace grave pour les policiers»

      Source : http://liguedesdroits.ca/wp-content/fichiers/balle

      David Cherniak
      Montréal

  • Marcel Bernier - Inscrit 3 août 2013 14 h 09

    De l’eau au moulin…

    J’ai bien hâte de lire cet ouvrage, qui doit sûrement apporter des éléments à notre réflexion de citoyen. Alors, inutile de porter des jugements téméraires sur la démarche de Dupuis-Déri, de ses collaborateurs et collaboratrices avant d’en prendre connaissance.
    Le gouvernement de l’équipe Charest a manifestement échoué à préserver la paix sociale et il s’agit de faire les constats pertinents. Dans cette aventure du Printemps érable (très justement renommé Printemps de la matraque), nous avons assisté à des tactiques dilatoires et même carrément abusives pour contrer l’opposition d’une frange importante des citoyens et des citoyennes qui n’étaient pas d’accord avec la hausse des frais de scolarité. Qu’il y ait eu désobéissance civile, nous n’en disconviendrons pas. Tout autant qu’il y a eu changement des modalités relatives au droit de grève des étudiants et des étudiantes (loi 78, règlement municipal, utilisation des tribunaux, etc.) au beau milieu des manifestations, abolissant ainsi la légitimité d’une revendication parfaitement légale.

  • Daniel Gagnon - Abonné 3 août 2013 16 h 15

    La ligue du vieux poêle

    La police dans ces manifestations, c'est la défense du passé, la cuirasse de ce qui n'a plus cours, c’est la défense de l’ancien et du décoloré, du défraîchi et du flétri.

    C’est le rempart de la vieille garde vétuste qui, par son obstruction devant la montée irrésistible du nouveau, engendre la violence. La violence vient toujours d’elle.

    La police politique se fait la gardienne de ce qui s’accroche encore indûment au pouvoir, de ce qui a perdu son autorité et son pouvoir, de ce qui n'a plus d’assises ni de vérité dans le peuple, elle se fait la protectrice de la ligue du vieux poêle qui a perdu tout vrai ascendant et toute réelle légitimité.

    Elle est le fier-à-bras de ceux qui ne veulent pas laisser la place devant la montée de la vie qui sans cesse se renouvelle, qui sans cesse progresse et évolue vers des horizons plus enchanteurs.

    • Simon Cloutier - Inscrit 3 août 2013 20 h 16

      M. Gagnon, tellement beau et vrai ce que vous venez d'écrire. Bravo.

  • Robert Bernier - Abonné 4 août 2013 09 h 39

    Quand une manifestation cesse-t-elle d'être légitime?

    Tous les sondages l'ont démontré avant, pendant et après les manifestations, et ce jusque dans les résultats de l'élection: près des 2/3 de la population appuyaient la volonté du gouvernement d'augmenter les frais de scolarité. Il restait à trouver de combien et selon quelles modalités, ce qui aurait dû faire l'objet d'une négociation honnêtement menée.

    Les manifestations, au début, étaient sans doute légitimes. Faire connaître son point de vue. Mais, pendant des semaines, s'asseoir sur son intransigeance sans même faire mine de négocier, étions-nous encore en zone de civilité? "On n'aura pas besoin de négocier. Ce gouvernement a toujours reculé." ne cessait de répéter les Nadeau-Dubois et consorts. Rendre la vie économique et sociale de Montréal impossible durant des semaines, étions-nous encore dans la civilité?

    On a voulu nous entrer dans la gorge une nouvelle notion de démocratie, une dans laquelle mon vote et le vôtre à tous les 4 ans ne signifierait plus rien. Ce que j'en pense ne signifierait plus rien si je ne pense pas comme "eux". Ma pensée n'en serait pas une si je ne pense pas comme "eux". La démocratie serait désormais dans les mains des agitateurs agités de la rue. Étions-nous encore dans la civilité? Et quel jour ça arrête?

    La police a sans doute commis des bévues. Mais n'avait-on pas un peu couru après?

    Robert Bernier
    Mirabel

    • David Cherniak - Inscrit 4 août 2013 13 h 51

      Sauf votre respect, j'aimerais souligner la faiblesse de votre argumentaire : "La police a sans doute commis des bévues. Mais n'avait-on pas un peu couru après?"ça

      Si j'avançais l'argument suivant : "Les manifestants ont sans doute commis des bévues. Mais n'avait-on pas un peu couru après?"

      Non M. Bernier, dans une démocratie, on ne "court pas après" les coups de matraque et on ne court certainement après une balle de plastique dans le ventre, les bras, la gorge...

      Deuxièmement, la vie économique a-t-elle été rendue impossible par les manifestations? Je crois que vous charriez un peu là. Je me suis rendu au boulot sans problème pendant toute la grève et les épiceries étaient toujours ouvertes.

      Pour terminer, on ne gouverne pas avec des sondages.

      Bien à vous,

      David Cherniak

    • André Michaud - Inscrit 6 août 2013 11 h 57

      Tout à fait d'accord, il ne faut pas que ce soit la rue qui décide par intimidation au lieu d'élections démocratiques. Et les policiers doivent s'en assurer, car c'est leur job de soutenir les élus des citoyens et le processus démocratique.