Poésie - Quête de l’essentiel chez Marcel Labine

Lauréat du tout dernier Prix du Festival de poésie de Montréal pour Le tombeau où nous courons, recueil finaliste au Grand Prix du livre de Montréal et au prix Estuaire-Bistro Leméac, Marcel Labine nous propose maintenant Promenades dans nos dépôts lapidaires.

 

Encore une fois, si besoin était, Labine prouve qu’il est sans aucun doute l’un des plus importants poètes actuels. Ses oeuvres sont marquées au sceau de l’exigence et de la rigueur ; jamais elles ne renoncent à un sens extraordinaire de ce qu’est la quête même du poétique, de ce qu’est un livre véritable, bien construit, soulevé par une passion qui ne se dément jamais.

 

Je tiens cette oeuvre pour majeure, et ces Promenades auxquelles le poète nous convie ouvrent des pistes fondamentales qui tentent de saisir ce qui maintient la poésie en vie, ce qui peut bien causer sa survie bien qu’elle soit si précaire, si peu soutenue en ces temps présents.

 

On croirait y reconnaître le souffle du Rimbaud du Bateau ivre, convoqués que nous sommes à suivre une trajectoire foisonnante, « comme si l’on marchait au fond des mers les plus inhabitées ». Inquiets aussi sommes-nous, comme le Cain de La conscience de Victor Hugo, de ce qui tremble dans les consciences, comme ces aïeux occupés au « grand déchiffrement des âges [eux qui] s’agrippaient / au mobilier haletaient collés à la vitre / proche croyaient-ils d’en connaître la fin // depuis personne ne s’en approche / il n’y a plus de lecteurs pour eux / le silence et le vide frôlent la perfection ».

 

Labine ne renonce pas à arpenter ses territoires dévastés, ces lieux mortuaires, ces enclaves où on respire tout de même quelque espoir de lumière. Il est en quête d’une survie, de cette étincelle qui maintient la parole dans ses dimensions les plus radicales. Le poète parcourt des salles aux échos funèbres, cherche des tables où se lisent des « manuscrits fossiles », traverse les âges et certaines formes de la poésie. Reste « au géologue de s’astreindre à la lecture » des palimpsestes, reste à rejoindre « […] les hauts-fourneaux du langage et de l’espoir pour que le poème [nous] accompagne ». Majeure, vous dis-je, cette oeuvre. Porté par un souffle souverain, ce recueil convainc.

 

 

Collaborateur