Aller de l’avant

« Mourir signifie disparaître. Un rapide point final et un grand rien tout vide. Le tour de passe-passe suprême. » Qui peut dire l’ampleur des fractures causées par un deuil brutal ? Luke, 13 ans, vient de perdre sa mère dans un accident de voiture. Non seulement il doit affronter cette disparition inattendue et apprivoiser l’absence, il lui faut aussi vivre avec un père dévasté qui calme sa douleur dans le whisky. Fabricant de jouets en bois, il n’arrive plus à payer ses dettes. Faute d’argent, ils déménagent dans une ancienne ville-usine sinistrée du nord de l’Angleterre qui rappelle les films de Ken Loach. La maison tombe en ruine, elle est fissurée de partout. Engourdi de chagrin, chacun s’accroche à une bouée de sauvetage : Luke peint pour se vider la tête tandis que son père sculpte un monumental cheval de bois au milieu de la forêt avoisinante. Le récit bifurque avec l’arrivée de Jon dans leur vie. Jon est leur seul voisin. Orphelin, il vit avec ses grands-parents grabataires dans une maison sale et puante. Ils ne répondent jamais à personne, craignant les services sociaux, la maison de retraite et l’orphelinat.


Différents mais pareillement blessés par la vie, les deux adolescents s’apprivoisent mutuellement, unissent leur solitude et leurs souffrances pour affronter le monde. Plein de tics, verbomoteur, passionné par les faits, doté d’une excellente mémoire, Jon passe beaucoup de temps à la bibliothèque municipale, ce qui lui vaut d’être le souffre-douleur de l’école. Jon aurait plu à la maman de Luke, qui se rangeait du côté des exclus et des laissés-pour-compte. Ah ! la mère de Luke, « cinglée et magnifique », comme elle lui manque soudain. Elle se battait contre une psychose maniacodépressive. Un jour elle pouvait avoir une énergie dingue et le lendemain être ratatinée, anéantie et couchée, rideaux fermés. Luke se rappelle une fois où il l’observait. Elle était plus calme mais aussi plus triste. Il lui avait alors demandé de lui décrire les effets du lithium. Elle lui avait répondu que c’était « comme si on l’emmenait voir un panorama spectaculaire en haut d’une falaise mais en lui disant de rester dans la voiture, sans pouvoir sentir le vent ni humer l’air de la mer ».


N’en disons pas plus sur l’histoire. Il s’agit d’un premier roman, beau et fort, signé Robert Williams, un libraire anglais de Manchester. Dans ce récit tendre et émouvant, le romancier scrute à la loupe le deuil et la différence, la maladie, l’amour et la reconstruction. L’histoire est grave, mais une sensation de douceur s’échappe de ces pages. Une touche de légèreté et d’humour survole ce roman sobre, loin de tout pathos, où s’emmêlent les bouquins, les pinceaux et une humanité renouvelée.


 

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