Piraterie en culotte courte

Pour ses quatorze ans, la maman de Max Férandon lui a offert une machine à écrire. Pendant très longtemps, il a cru que c’était un accordéon. Voilà pourquoi aujourd’hui il écrit des histoires qui ont tendance à valser. Son amour de la langue et des jeux de mots nourrit cette impression. Son éditrice avance même qu’il a inventé un nouveau genre littéraire, le roman fleuri, tant La corde à linge déborde d’imagination, de douce folie… et d’odeurs champêtres.


Une famille anglaise passe ses vacances dans un petit village français qui a boudé le virage technologique. Les deux adolescents, Juliet et Liam, bricoleurs et inventifs, décident d’offrir aux villageois le service Internet via… une corde à linge. L’installation d’un câble de communication vers le futur n’emballe pas les habitants les plus âgés. « La révolution ayant son lot d’inconvénients, certaines habitudes éprouvées pendant si longtemps volèrent en éclats. Comme le feuilleton policier du lundi soir, la promenade digestive après le souper […] Comment expliquer à un troupeau de vaches affamées que leur patron a joué toute la nuit en ligne dans un monde virtuel ? Car les vaches, c’est bien connu, ne connaissent de réalité que le plancher des vaches. »


Une fois cette idée fantaisiste posée, le romancier secoue à l’envers son conte moderne pour en faire tomber des personnages et des situations surprenantes, drôles, inattendues, poétiques, ainsi que des histoires enchâssées dans d’autres histoires, un procédé littéraire qu’il maîtrise bien. Le lecteur a intérêt à s’accrocher. La tête du romancier, une centrifugeuse d’idées, tourne en permanence. On y croise la vieille Léonie voilée de noir en mémoire de son mari tué à la guerre, le vieux fou Michalon, un inimitable blagueur, le père Lamèche, allergique au bonheur, Igor Igor, le baron de Cablôrama, qui veut mettre un terme à la « piraterie en culotte courte », Lobo, le buveur de pinard, Tommy, le petit moussaillon rouquin, le meunier, le plombier, un moine-brocanteur. L’auteur invente des mots (une aventure « ficelante », un spectacle « plumesque », une patience « infissurable ») tisse des liens entre le langage, la philosophie et la poésie, glisse en douce des thèmes graves, comme le deuil, la pauvreté, la solitude, le vieillissement.


Une superbe scène vient clore ce délicieux roman. Léonie aperçoit son mari sur le haut de la colline. La guerre ne l’a pas fauché. - « Je voulais te rapporter un bouquet de dahlias, je n’ai trouvé que des marguerites. » - « Tu en as mis du temps pour cueillir des fleurs, ce n’est pas grave, embrasse-moi. » La guerre, c’est toujours comme ça, écrit Max Férandon. Tandis que les soldats sont occupés à se battre contre l’ennemi, les officiers démontent le chemin du retour et le jettent dans les buissons ou dans une rivière. Voilà pourquoi il est toujours difficile de revenir de la guerre.


Après avoir lu La corde à linge, vous aimerez un peu plus la vie. Si vous avez le goût d’un roman fantaisiste, léger et sensible qui vous apporte une petite halte de fraîcheur dans les longues après-midi chaudes de l’été, celui-ci est pour vous. Ah oui, j’oubliais. Le style est d’une liberté absolue.


 

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