Polars - L’été noir, première fournée

Dennis Lehane excelle à faire remonter dans ses moindres détails un contexte historique fascinant.
Photo: Agence France-Presse (photo) François Guillot Dennis Lehane excelle à faire remonter dans ses moindres détails un contexte historique fascinant.

Il peut pleuvoir, tonner, tornader, même faire soleil jusqu’à la mi-septembre… la moisson de polars d’été est tellement riche que l’on s’en fout (presque) complètement. Sortez les écrans solaires et mettez le rosé au frais…

Après Mystic River et Shutter Island portés au cinéma par Eastwood et Scorsese, c’est avec Un pays à l’aube que Dennis Lehane s’est mis, il y a quelques années, à tracer un portrait du XXe siècle états-unien en suivant le destin d’une famille d’Irlandais immigrée sur la côte Est. Ils vivent la nuit, le deuxième volet de la saga, nous mènera jusqu’aux prémisses de la Deuxième Guerre mondiale.


Nous sommes à Boston, en 1926, en pleine Prohibition, quelques années après la grève des policiers qui aura déchiré les rangs de la famille Coughlin. Cette fois-ci, le projecteur est braqué sur le plus jeune des fils du commissaire adjoint Thomas Coughlin de la police de Boston : Joe, le hors-la-loi. C’est avec lui, les deux pieds plongés dans un bac de ciment frais sur un remorqueur anonyme, au milieu du golfe du Mexique, que s’ouvre le roman…


Joe ne l’aura pas facile, mais il l’aura « vrai ». Et intense. On le verra d’abord s’amouracher de l’étonnante Emma Gould, un « faux pas » qui va l’amener à contester l’autorité du caïd de la ville, à un braquage de banque qui va mal tourner, puis éventuellement à rencontrer, en prison, l’homme qui va changer sa vie : le parrain Maso Pescatore. Puis, voilà bientôt Joe Coughlin à Tampa à sa sortie de tôle ; il va peu à peu y construire pour Pescatore un empire basé sur le trafic du rhum, approvisionnant les « speakeasies » des grandes villes de la côte Est en passant par la Floride et tout le golfe du Mexique jusqu’à Cuba.


C’est là, dans le rôle du « boss de Tampa » et plus précisément dans le quartier difficile de Ybor, que Tom rencontre Esteban, qui lui permettra de consolider ses acquis, mais surtout Graciella, le grand amour de sa vie. Tout cela sur un ton à la fois délicieusement romantique et d’une dureté souvent insoutenable. Mais si Lehane sait mettre en scène des personnages d’une époustouflante intensité, il excelle aussi à faire remonter dans ses moindres détails un contexte historique fascinant par les métissages en tous genres et les oppositions qui le définissent.


Cette Amérique de truands se construit en fait sur une série de rêves déjà avortés à cause de la crise de 1929, mais aussi à cause des éléments radicaux et souvent contradictoires qui nourrissent le grand « melting pot » américain. On y voit ainsi se mettre en place le règne de la mafia et la systématisation de la corruption à tous les niveaux de la société alors que, au même moment, un vent d’espoir souffle sur Cuba, où un certain Fulgencio Batista vient tout juste de libérer l’île de l’emprise d’un dictateur autoritaire et corrompu…


C’est l’Amérique qui se bute à ses rêves tout autant que celle qui, déjà, vomit ses propres entrailles. Un terreau idéal pour Dennis Lehane…

 

Tout faux


Le plus récent Deon Meyer raconte une autre enquête du capitaine Benny Griessel, aux prises cette fois-ci avec un tueur en série qui s’amuse à tirer sur les policiers. Dès le départ, tout tourne autour de l’assassinat d’une jeune, belle et brillante avocate spécialisée dans les transactions dites de « discrimination positive » entre entreprises pour développer « l’économie noire sud-africaine ». Le tireur fou prétend, dans des communiqués envoyés aux médias, que la police connaît le meurtrier de l’avocate et refuse de lui mettre la main au collet : il s’engage donc à tirer chaque jour sur un policier jusqu’à ce que ledit meurtrier soit écroué.


Malgré le titre, l’histoire se déroule à un rythme plutôt lent avec la vraie vie très ordinaire en arrière-fond. Benny, toujours à lutter contre son alcoolisme et à garder un semblant de liens avec ses deux enfants, est en train de tomber amoureux d’Alexa, une chanteuse populaire alcoolo elle aussi… mais tout cela se retrouvera bientôt en arrière-plan quand le tireur cessera de viser les jambes et descendra un premier flic. Et là, les choses se précipitent à la vitesse grand V.


Corruption, trafic d’influence, blanchiment, crime sexuel ? Il faudra découdre la trame du tissu de presque vérités et de faux-semblants sur lequel l’enquête reposait jusque-là pour arriver à comprendre : la véritable cible de ces deux affaires entremêlées n’est pas du tout celle que l’on croyait. Heureusement, Benny parviendra à tirer tout cela au clair…


 

Collaborateur

1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 2 juillet 2013 15 h 01

    Pourquoi seulement l'été ?

    Est-ce une pratique exclusiment française que de lire des polard uniquement en cette saison ? Parce qu'en Angleterre, on enquête à l'année longue, c'est presque une maladie. Les séries britanniques diffusent au moins 1 série sur deux en enquêtes policières. Tout le monde enquête. Du détective chevronné à la ménagère qui se croit douée pour la chose. C'est vraiment un phénomène fascinant.