Lectures d'été - Des essais philosophiques dans ses valises

L’Espagnol Jorge Semprún évoquait déjà en 1937 la notion de supranationalité.
Photo: Agence France-Presse (photo) Miguel Medina L’Espagnol Jorge Semprún évoquait déjà en 1937 la notion de supranationalité.

Il arrive souvent que des essais brefs ou passés inaperçus refassent surface au moment de faire ses valises de vacances. En voici quelques-uns. Réunis après sa mort en juin 2011, quelques textes de Jorge Semprún (Le métier d’homme. Husserl, Bloch, Orwell. Morales de la résistance, Climats, 2013) évoquent trois hautes figures de la pensée européenne. On notera en particulier l’intérêt de relire, à travers les yeux de Semprún, la conférence de Husserl en 1937, où il évoque pour la première fois la notion de supranationalité.

Dans un autre registre, les réflexions du physicien Étienne Klein sur le temps explorent les dimensions, naturelles et subjectives, de la durée et de la temporalité (Le temps (qui passe ?), Bayard, 2013). Concis et superbement écrit, cet essai mérite le détour. Michaël Foessel (Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique, Seuil, 2012) s’interroge sur l’inquiétude contemporaine face aux catastrophes de toute nature qui marquent le présent. Sommes-nous vraiment dans un « après » déterminant, ultime ? Et si oui, quel sens donner aux tâches du présent ? Nourri d’une relecture critique des penseurs de la fin (Hegel, Heidegger), ce livre intervient dans une conjoncture qui lui donne toute sa pertinence.


Sur un thème connexe, l’essai de Frank Burbage reprend la question du doute sur la possibilité de trouver des solutions aux problèmes du développement (Philosophie du développement durable, PUF, 2013). Des enjeux techniques de la croissance à la critique morale de la démesure, Burbage montre l’importance de la réflexion philosophique sur ces questions.


On pourra lier aussi la méditation de Barbara Cassin sur l’enracinement et le déracinement, le voyage et l’exil (La nostalgie. Quand donc est-on chez soi ?, Autrement, 2013). À travers les figures d’Ulysse, d’Énée et de Hannah Arendt, une riche réflexion sur le déplacement. Formidable lecteur et vulgarisateur de la philosophie, Roger-Pol Droit propose deux titres : un recueil d’expériences de pensée, suscitant l’échange (Petites expérience de philosophie entre amis, Plon, 2012), et un alphabet de sa pensée, présentée comme un dictionnaire thématique de réflexions sur divers sujets (Ma philo perso de A à Z, Seuil, 2013). On y retrouvera les grandes passions de l’auteur, la pensée grecque en particulier, et de grands maîtres comme Pierre Hadot, qu’il a bien connu, mais aussi la spiritualité indienne, la littérature allemande, etc. Le genre de la forme brève est difficile, mais ces courtes proses ne sont jamais banales.


Un autre dictionnaire, signé André Guigot (Dictionnaire philosophique et passionné de l’amour, Milan, 2013), présente un alphabet moral étonnant : C pour caresse, F pour fidélité et K pour Krisis ! Enfin, un livre peut-être plus serré et dense pour la saison, dans un genre bref pour son sujet : des variations musicales sur la pensée de Martin Heidegger (Improvisation sur Heidegger, Cerf, 2012). Croisant la musique, la littérature (de belles pages sur l’être à partir d’Apollinaire) et la philosophie, cet essai très fin montre que l’écriture philosophique peut encore innover et surprendre.


 

Collaborateur

1 commentaire
  • Stéphane Martineau - Abonné 29 juin 2013 10 h 52

    Bonnes lectures

    Grand merci pour ces conseils de lectures...gros "consommateur" d'essais, j'y trouverai assurément mon miel...et je ne serai pas le seul...