Richard Matheson, auteur phare de la littérature de SF, s’éteint

Photo: JaSunni at PicasaWeb

L’écrivain américain Richard Matheson est décédé le 24 juin à son domicile des suites d’une longue maladie. Il avait 87 ans. Figure éminente de la littérature d’horreur et de science-fiction, Richard Matheson ne jouissait pas d’une énorme notoriété auprès du grand public, mais il était en revanche très respecté par ses pairs ainsi que par l’industrie cinématographique, au sein de laquelle il oeuvra souvent.


Né le 20 février 1926 dans le New Jersey dans une famille d’émigrés norvégiens, Richard Matheson grandit à Brooklyn et fait ses études secondaires en 1943 à la Brooklyn Technical High School, une école publique spécialisée en ingénierie, en mathématiques et en sciences. La même année, il s’enrôle dans l’infanterie et part combattre en Europe. Après la Deuxième Guerre mondiale, il fait un baccalauréat en journalisme puis déménage ses pénates en Californie. En 1952, il épouse Ruth Ann Woodson.


À cette époque, Richard Matheson a déjà publié plusieurs nouvelles dans différentes revues littéraires. Très tôt, il mélange dans une même oeuvre l’horreur, le fantastique et la science-fiction, un parti pris qui le distingue d’office. En 1953 paraît son premier roman, Someone Is Bleeding (inédit, mais adapté sous le titre Les seins de glace, avec Alain Delon et Mireille Darc), un noir dans l’air du temps. La même année, Jour de fureur relate, sur une période de quatre heures, la vengeance d’un pianiste fou.


Un auteur prolifique et polyvalent


Au début des années 1960, Richard Matheson entame une fructueuse collaboration avec la mythique émission de télévision La quatrième dimension, dont il écrit certains des épisodes les plus marquants, tels Cauchemar à 20 000 pieds, dans lequel William Shatner est le seul passager à voir une créature s’accrocher à l’aile d’un avion.


Courtisé par Roger Corman, Richard Matheson lance le Cycle Poe pour le célèbre producteur de série B. La chute de la maison Usher et Le puits et le pendule sont non seulement de gros succès publics, mais aussi critiques, une première pour Corman, qui écrivait lundi sur Twitter : « Richard était un ami et le meilleur scénariste avec qui j’ai travaillé. Je filmais toujours ses premiers jets. » Lors de leur sortie, ces films impressionnent un gamin du Maine qui nourrit des velléités littéraires. Il s’appelle Stephen King. Au faîte de sa gloire, ce dernier déclare que Richard Matheson est l’auteur qui l’a le plus influencé.


Tout aussi fasciné par l’ingéniosité des récits de Matheson, et par ses talents de scénariste, Steven Spielberg trouve dans l’une de ses nouvelles la matière de son premier long-métrage. Duel raconte le calvaire d’un automobiliste pris en chasse par un mystérieux camionneur. Brillant, le téléfilm est diffusé en salle en Europe. La carrière de Spielberg est lancée.


Dans le milieu, Richard Matheson est considéré comme une référence. En guise d’hommage, le créateur de la série X-Files nomme un personnage récurrent : sénateur Richard Matheson.


Au fil des ans, le romancier voit des dizaines de ses oeuvres et de ses romans transposés au petit et au grand écran. Signalons L’homme qui rétrécit (1957) et La maison des damnés (1973). Son troisième roman en particulier, Je suis une légende, sur le seul survivant d’une société post-apocalyptique envahie par des créatures vampiriques, est adapté pas moins de trois fois : avec Vincent Price en 1964, Charlton Heston en 1971 et Will Smith en 2007, ces deux dernières versions ayant été reniées par l’auteur.


Au total, Richard Matheson a publié une trentaine de romans et une vingtaine de recueils de nouvelles. Trois de ses quatre enfants sont devenus écrivains.

2 commentaires
  • Diane Gélinas - Abonnée 27 juin 2013 01 h 18

    «Bid Time Return», un oubli, sans aucun doute...

    Son roman de 1975, « Bid Time Return» que le réalisateur Jeannot Szwarc a transposé avec beaucoup de magie en 1980 sous le titre «SOMEWHERE IN TIME» (Quelque part dans le temps), mettant en vedette Christopher Reeve et Jane Seymour est devenu avec les ans un classique du cinéma. D’ailleurs Richard Matheson y apparaît en caméo et ne prononce qu’un seul mot « Astonishing! »

    Ce film est un pur bonheur et sur le DVD, autant le film que les commentaires et les interviews sont intéressants. Le site du «Grand Hotel» sur l'île «Mackinac Island», État du Michigan) est enchanteur et la musique envoûtante de non moins célèbre John Barry complète cette magnifique histoire d’amour intemporel.

    Un groupe d’admirateurs, INSITE (International Network of Somewhere In Time Enthousiasts -- http://somewhereintime.tv/insite.htm -- organise à tous les automnes, après la haute saison, un genre de pèlerinage à cet hôtel fabuleux.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 27 juin 2013 12 h 47

    La belle époque

    J'ai vu et adoré la série tirée des oeuvres d'Edgar-Allan Poe. Il y avait un grand respect pour l,écrivain et ses scénarios ne le trahissait jamais. Et surtout, on pouvait admirer les interprétations dignes de Shakespeare qu'en faisait le grand Vincent Price. Que de beaux souvenirs.