Poésie - Michaël Trahan vite

Allez vite lire le Nœud coulant de Michaël Trahan, son premier recueil, introduction à une œuvre qu’on souhaite prolifique et qui se donne déjà comme un livre achevé, un projet authentique et vif, écrit dans un style tout à fait remarquable. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour ce livre tout empreint des noirceurs de la mort, où « la langue mûr brûlant » saisit les sens et fait signe. Car, en effet, dans ces poèmes, on saisit au plus près « le tracé des mots le dialogue / silencieux entre la lumière / et la langue » qui s’y joue. Le ton y est exact, afin de « graver sur le noir un autre / ton de noir », avec une précision extrême, sans aucune complaisance devant la mort qui ouvre ses arcanes directement et sans fard.

Est-ce assez dire que c’est beau, tout simplement ? Est-ce assez dire que nous sommes en présence d’un vrai livre ? L’auteur aime Cormac McCarthy, cela se devine, et il n’est pas sans évoquer aussi, par quelque côté du regard qu’il pose sur l’adversité, le Beckett de Cap au pire. Aucune mièvrerie quand les choses se fissurent, meurent et tombent, il faut seulement « l’œil le plus nu » même si « l’œil est un nœud de noir ».

Faire la lumière sur la mort, tel semble le dessein du poète, avec une simple allumette ou sous le reflet intense de la lune, celle du ciel ou de Méliès, « pleine lune au fond du corps // plein corps au bout du ciel / la lune pleine tête / s’ouvre à bout portant / comme un œil un gong / qu’on vient de frapper ». Corps nu ou vivant devant la fin des temps, au bout du jour, le corps. Allez lire ce Nœud coulant et vous y rencontrerez un auteur. Fait rare, fait à souligner.

 
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