De la bédé au soleil

Gatsby le magnifique
Photo: Gatsby le magnifique

Que non ! La lecture de bandes dessinées en cachette n’est pas une fatalité. Le 9e art peut également être consommé dans un autobus, un avion, un véhicule récréatif ou encore sur la plage, les pieds en éventail dans le sable. Oui, oui. Et du coup, à l’aube d’un été qui se fait attendre, voici les titres indispensables avec lesquels l’expérience peut être menée…

Lartigues et Prévert (La Pastèque), Benjamin Adam, 134 pages. Du gros calibre ici, avec ce récit policier tout en déconstruction qui suit deux petites frappes dans leurs désolantes manigances et met au passage en lumière le travail exceptionnel d’un illustrateur remarquable, quoique très discret.


L’étranger (Fétiche/Gallimard), Jacques Ferrandez, 134 pages. C’est un grand qui en rencontre un autre. L’auteur des Carnets d’Orient se frotte ici à la pièce maîtresse du « cycle de l’absurde » imaginé par Camus en 1942. Dans une Algérie coloniale, Meursault, Marie, Céleste et les autres mettent en question la morale sociale au milieu d’une esthétique lumineuse qui donne un autre souffle à l’oeuvre originale.


Gatsby le Magnifique (Fétiche/Gallimard), Melchior-Durand et Bachelier, 92 pages. Allez savoir pourquoi, Gatsby et les années 30 ont la côte en ce moment. En témoigne cette autre déclinaison du mythe de Fitzgerald habilement placé ici dans une Asie en pleine ascension, entre jalousie, adultère, oisiveté et mystère. Brillant.


Forêt et bûcherons (Glénat Québec), collectif, 48 pages. Ouvrage taillé sur mesure pour une escapade dans le bois, il rassemble six histoires courtes issues du concours de bédé annuel lancé par Hachette Canada. Iris, Philippe Girard, Richard Vallerand et Isabelle Melançon sont entre autres au menu dans ce tout qui a plus de haut que de bas.


La liste des choses qui existent (La Pastèque), Cathon et Iris, 116 pages. Du lit à la boîte de conserve en passant par la baignoire, le micro-onde, la nouille (celle qui se mange), le miroir ou les lunettes, entre autres, le duo de bédéistes passe en revue dans ce drôle de catalogue illustré toutes ces grandes banalités du quotidien pour mieux en extraire l’absurde, le loufoque et parfois la bonne blague de cour de récréation. Ludique et sans danger.


Crève saucisse (Futuropolis), Simon Hureau et Pascal Rabaté, 80 pages. Quand un boucher découvre qu’il est victime d’adultère, que se passe-t-il ? Dans le monde délicieusement mis en images par ce duo de bédéistes, il va s’inspirer d’une bande dessinée et profiter des marées pour se venger. Et ensuite, il va le regretter.


James Joyce, l’homme de Dublin (Futuropolis), Alfonso Zapico, 240 pages. De l’admiration démesurée à l’hommage dessiné, l’illustrateur espagnol n’a pas lésiné sur les détails et le travail de documentation pour aborder la vie et l’oeuvre du grand romancier et poète irlandais. C’est brillamment découpé et joliment dessiné. C’est complet aussi, peut-être même un peu trop.


Effet secondaire (éditions Les Malins), Sophie Bédard et Catherine Girard-Audet, 48 pages. En vacances, certains pensent déjà à la rentrée. Ce premier chapitre d’une nouvelle série pour adolescents va les aider à le faire en les plongeant dans le quotidien scolaire d’Annie et Catherine, deux amies qui amorcent leur 4e année du secondaire. Chercher plus est toutefois illusoire.


Coco Chanel (Naïve), Pascale Frey et Bernard Ciccolini, 90 pages. Voilà un autre mythe lustré avec élégance par le 9e art, celui de Gabrielle Chanel, fille de colporteur que l’histoire de la mode, du bon goût, de la fabulation et de la libération de la femme va finir par reconnaître sous le nom de Coco Chanel. Tout y est, avec la hauteur que mérite cette grande dame.


Le décalage (Delcourt), Marc-Antoine Mathieu, 56 pages. Fort, très fort dans la déconstruction. Ce récit qui débute par sa page 7 en couverture a forcément tout pour déconcerter, remettre en question, faire réfléchir et du coup faire sortir le lecteur avec l’impression d’avoir eu un peu plus qu’une aventure totalement loufoque, quoique pas vraiment.


Au vent mauvais (Futuropolis), Rascal et Thierry Murat, 110 pages. Ce récit graphique livre, sour la forme du polar, le retour tumultueux à la vie d’Abel Mérian, qui vient de passer sept ans à l’ombre. Il veut récupérer son argent. Il va plutôt trouver un musée d’art contemporain et un téléphone qui va le conduire en Italie à la recherche de son destin. Le tout dans une mise en scène remarquable.


Le chercheur de fantôme (éditions FLBLB), Robin Cousin, 128 pages. Délicat et mathématique. Dans un centre de recherche, quelque part, trois chercheurs découvrent un jour un voisin de bureau dont personne n’a entendu parler. L’homme bosse sur une des équations les plus importantes des mathématiques modernes, ou peut-être nourrit le chaos.


Silas Corey, tome II (Glénat), Fabien Nury et Pierre Alary, 64 pages. On ne sait pas trop s’il est espion, escroc ou tueur au service d’intérêts occultes. On sait par contre que l’on est en 1917 dans la France de Clémenceau, que ce présent est sombre, propice à la survie de la racaille et à la construction d’une jolie intrigue.


Bienvenue à Jobourg (Futuropolis), Pascal Rabaté, 80 pages. Encore lui, parce qu’il est bon. À la faveur d’un voyage en Afrique du Sud, le bédéiste rapporte ici un récit quasi autobiographique relatant la vie d’un Français parti travailler dans une imprimerie là-bas. Il va y trouver le chaos, la violence et l’angoisse dans une ville qui digère encore très mal son existence post-apartheid. C’est plein d’inégalités, de paranoïa, mais c’est aussi riche en humanité. Simplement.


Journal d’un corps (Gallimard/Futuropolis), Daniel Pennac et Manu Larcenet, 384 pages. Une brique dans l’été. Le maître du dessin sombre met ici son crayon au service d’un récit obsessif imaginé par l’autre. C’est l’histoire d’un homme qui, de 12 à 87 ans, raconte sa vie du point de vue de son corps qui cherche à comprendre sa propre existence. On rit parfois, même si ce n’est pas toujours drôle.