Lire pour combattre la peur de l’inconnu

La lecture favoriserait une pensée sophistiquée et une plus grande ouverture d’esprit.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La lecture favoriserait une pensée sophistiquée et une plus grande ouverture d’esprit.

Une étude publiée dans le Creativity Research Journal révèle que la lecture accroît le degré de confort des sujets vis-à-vis des situations ambiguës ou à l’issue incertaine. Lorsque exacerbé, l’inconfort en regard de telles situations engendre une pensée rigide, la formulation de jugements hâtifs et, conséquemment, la prise de mauvaises décisions. La lecture favoriserait à l’inverse une pensée sophistiquée et une plus grande ouverture d’esprit.


Menée par des chercheurs de l’Universtité de Toronto auprès de 100 étudiants, l’étude consistait à faire lire à chacun soit une nouvelle littéraire, soit un essai. Par la suite, un sondage venait mesurer leur désir de stabilité et de certitude. Les sujets devaient alors exprimer leur niveau d’accord ou de désaccord avec des affirmations comme « Je n’aime pas les situations qui sont incertaines » ou encore « Je n’aime pas les questions qui peuvent avoir plusieurs réponses ».


Les travaux ont notamment permis d’établir que la lecture d’une seule nouvelle pouvait contribuer à diminuer ce que les psychologues appellent le besoin de « clôture cognitive », c’est-à-dire le besoin de « parvenir rapidement à une conclusion dans un processus décisionnel », le tout s’accompagnant d’une « aversion face à l’ambiguïté et à la confusion », dixit la recherche.


Ainsi, non seulement les sujets exposés à la littérature ont-ils obtenu un pointage moins élevé, mais ledit pointage était encore plus bas chez les participants s’étant déclarés « lecteurs fréquents ». Ces derniers étaient en outre plus à l’aise avec la notion d’ambiguïté, contrairement à leurs pairs ayant lu un texte de non-fiction.

 

La force de l’habitude


Lire de la fiction, il appert, permet entre autres de se familiariser avec différents styles de pensée, et ce, même si l’on réprouve ceux-ci. Les chercheurs citent comme exemple Humbert Humbert, dans Lolita, un pédophile dont on ressent les tourments sans pour autant se prendre de sympathie pour lui.


On ignore si les effets observés sont durables, mais leur prégnance chez les lecteurs fréquents suggère que l’habitude de la lecture concourt à établir une zone de confort permanente devant l’ambiguïté et l’incertitude, ce qui, en retour, contribue à une ouverture d’esprit accrue. « Ces résultats, concluent les chercheurs, devraient faire réfléchir aux effets des coupes actuelles en éducation dans les domaines des arts et des sciences humaines. »